LE FUSIL LEBEL
La mélinite nous amena à parler du fusil Lebel dont il a, on le sait, doté l'armée française.
— L'important, dit-il, c'était la poudre sans fumée ; mais il fallait un fusil pour l'employer. Il y avait déjà huit ans qu'on expérimentait et on expérimenterait peut-être encore si je n'avais pris à ce moment une décision.
(( On doutait de la conservation de la poudre sans fumée. Sans rien dire à personne, je fis prendre deux tonneaux de poudre, j'en envoyais, pour y être enterré, un en Algérie, l'autre en Bretagne, l'un dans des sables brûlants, l'autre dans une terre marécageuse à des endroits que je connaissais.
» Au bout de six mois je les fis déterrer et ramener. La poudre était intacte; mon parti était pris.
)) La commission d'artillerie était hostile, je le savais, au fusil, le colonel Lebel n'étant pas du corps. Je l'examinai attentivement, ce fusil. Il n'était pas parfait. Mais il n'y a rien de parfait au monde. Tel qu'il était, il était bon, bien supérieur aux armes des autres nations, et il permettait d'employer la poudre Vieille. Deux avantages au lieu d'un.
» Quand on aurait celui-là on pourrait en chercher un autre plus parfait et l'attendre. Un bon tiens vaut
mieux que deux tu l'auras. Je n'ai plus voulu ni commission ni popsonne. J'ai décidé la fabricalion.
» C'est môme à cette occasion que j'ai envoyé des officiers à Pitsburg chercher des machines et outils pour cette fabrication. Je les avais remarqués dans mon voyage en Amérique. Je m'en ressouvins.
1) Les industriels français me demandaient neuf mois avant de livrer. Je dis à ceux que j'envoyai que je voulais que ces instruments fussent rendus dans un délai d'un mois. Je les payais peut-être plus cher, c'est possible. Mais je n'attendais pas neuf mois; car UQ mois juste après le départ des commissionnaires les caisses étaient débarquées en France. »
Voilà bien l'homme de fait, le ministre agissant, n'ayant rien de parlementaire, aussi réfléchi que déterminé dans ses résolutions.