‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 14 sur 139 · LE PORTRAIT DU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DU GÉNÉRAL

Rédacteur alors à Y Estafette, j'y publiai un article intitulé Le général X, en souvenir d'un article paru autrefois dans le Figaro, portant le même titre et invoquant la venue d'un Lamoricière qui serait un Cavaignacpour le socialisme et un Monck pour les princes d'Orléans. Je constatai que le général apparu était contrairement à l'attente réactionnaire, un républicain

et après avoir indiqué quelle corruption et quelle vénalité soulevaient le dégoût de Topinion publique indignée, je terminais par ces lignes :

« La démocratie qui semble avoir de nouveau soif de probité et de vertu sent instinctivement son impuissance à se débarrasser par son seul effort de toute cette pourriture sociale. Elle rêve du soldat assez fort, assez austère, pour oser comme Hercule balayer les écuries de l'Augias ploutocratique. J*ignore encore le nom de ce soldat, de ce général X tout différent de celui que les anciens partis réactionnaires attendaient. Mais s*il existe, son heure est venue. »

Quand cet article parut, mes collègues opportunistes protestèrent courtoisement d'ailleurs. Celui qui protesta le plus fort fut M. Naquet, qui écrivit au directeur une lettre de six pages pour lui démontrer que je ne pouvais être qu'un bonapartiste et Tinviter à se priver d'un rédacteur écrivant de tels articles.

J'attribuai ce zèle un peu excessif à l'attachement de M. Naquet pour le nouveau ministère auquel appartenait son ami et associé, M. Barbe, et dans lequel il avait soUicité d'entrer comme ministre des postes et télégraphes ainsi qu'on peut s'en assurer en feuilletant la collection à^V Estafette où son nom figure avec cette mention dans la combinaison ministérielle.

Je fus un peu étonné quand j'appris qu'il avait, la veille encore, des relations fréquentes avec le général Boulanger et plus tard, je le fus davantage quand je sus qu'il passait son temps en déjeunant avec l'ex-ministre de la guerre, à l'initier à la science des coups d'Etat pour laquelle son amphitryon n'avait aucun goût.

Peu de temps avant, vers le moment même où le ministère radical était renversé, le directeur de l'^stafette avait publié et donné en prime le portrait de Paul Bcrt tiré à un peu plus de cent mille exemplaires. Il eut l'idée de renouveler l'opération avec le

portrait du général Boulanger. Cette fois les demandes et le tirage s'élevèrent à 800.000 (je dis huit cent mDle), ce qui est un chiffre respectable indiquant assez quelle était la popularité du ministre de la guerre.

M. Thiébaud s'est plu à se représenter comme ayant « inventé » le général Boulanger et quelques-uns de ses amis crédules lui ont fait honneur de cette invention. On voit par le fait précédent, qu'elle n'exigeait pas de laborieuses ou audacieuses recherches et que le secrret en était connu. L'idée dont la mise en pratique au moins lui appartient et dont je vais parler bientôt était toute autre chose qu'une invention.

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