UN TRIO
Le général Boulanger eut des relations avec un assez grand nombre de députés sollicitant pour les flls des leurs des faveurs le plus souvent accordées quand elles pouvaient Fêtre sans préjudice pour personne. Mais c'est aux députés du groupe radical à raison de sa liaison avec MM. Henri Rochcfort, Clemenceau et son collègue M. Granet, qu'il témoignait ses sympathies politiques.
Parmi ces derniers il en était un, qui s'était fait vite une réputation. Avocat actif, passant pour très
intelligent, viveur menant grand train, que les opinions radicales qu'il professait n'empêchaient pas d'entretenir des relations avec le monde aristocratique et qui s'était fait le cicérone du ministre de la guerre dans les coulisses de la vie parisienne.
On devine que je veux parler de M. Laguerre.
Celui-ci avait compris qu'il y avait pour son ambition plus d'espoir à fonder sur la popularité et les succès du général Boulanger que sur la politique tombée en défaveur de M. Clemenceau. Aussi avait-il abandonné celui-ci pour s'attacher au premier.
Il avait eu occasion de connaître M. Dillon qui se faisait appeler « comte » et qui jouera un rôle important dans cette histoire. Celui-ci était un ancien officier de dragons ayant pris sa retraite, ou y étant été mis, à la suite d'opérations de remonte effectuées en Angleterre et qai lui avaient créé des relations dans le monde financier d'outre-Manche. Il était un camarade d'armes pour le général Boulanger qui l'avait retrouvé paraissant riche, brassant de grosses affaires en Amérique, lorsqu'il y avait été envoyé comme président de la miss ion française pour les fêtes en l'honneur de Franklin.
De son côté, M. Dillon, revenu en France, avait songé qu'il y avait à tirer parti de l'énorme popularité de son ami le général Boulanger, sans qu'il sût bien exactement ce qu'on en pourrait faire. A cet égard M. Laguerre et M. Dillon avaient pu s'entendre. Mais comme il s'agissait d'une affaire où la politique avait si grande part, M. Dillon qui y était complètement étranger devait s'en remettre à la compétence spéciale de M. Laguerre, politicien de profession.
A ces deux personnages s'en était joint un troisième de moindre importance, un reporter ayant été attaché à la rédaction du journal monarchiste le Gaulois et à ce moment rédacteur à la France.
A titre de reporter il avait été envoyé à Clermont et depuis on le trouva toujours attaché" aux pas du général comme son père Tavait été à ceux de Flourens. Il devint pour MM. Laguerre et Dillon^ surtout pour le premier, Tagent de confiance, qui pour cette raison en môme temps que pour ses habitudes laudatives et idolâtriques, reçut d'eux le sobriquet « d'enfant de chœur. »
Celui-là était le futur auteur des Coulisses du boulangisme.
Les deux premiers s'étaient constitués les conseillers du général Boulanger qui, isolé à Clermont, ne pouvait voir que parleurs yeux, ayant confiance dans la sagesse positive de l'un et dans la sagacité politicienne de l'autre.
Il n'était pas difficile d'exciter son ressentiment contre les adversaires qui s'étaient coalisés contre lui, car c'était un des traits de son caractère de vouloir toujours prendre — et au plus vite — une revanche de la défaite ou de l'attaque subie.
Ses deux conseillers intimes lui représentaient comme une force la popularité considérable et incontestable dont il disposait en le provoquant à en user. Gomment? Par quels moyens? Dans quel but? C'est ce que personne ne précisait.