‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 3 sur 139 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

si elle veut en tenir compte et surtout à'ropjnion publique, trop disposée à juger les to^^n^^ssur des ijtpparences ou des appréciations de rivaux, d'agents soldés, de courtiers ou d'importuns évincés. Aussi ne voulais-je dire que ce que je sais d'une façon personnelle, ce qui m'a été dit à •moimême, ce que j'ai appris d'une manière certaine, enrayant des preuves sous les yeux. C'est pourquoi j'ai refusé toujours les propositions ou offree qui m'ont été faites, d'écrire une sorte d'histoire du

boulangisme, en recueillant pour les ajouter aux

miens des récits ou des renseignemeiîts dont je ne pourrais vérifier l'exactitude, puisque le seul homme qui pourrait les certifier, nier ou expliquer, n'est plus. . • •

Pour ^ue le lecteur puisse plus impartialejnent juger celui dont je veux retracer le portrait, je m'abstiendrai de toute expression de mes sympathies personnelles, que j'ai si souvent manifestées ailleurs, comme de toute appréciation politique pouvant enlever à ces souvenirs leur caractèrd d'absolue sincérité, et faire croire àM'autres sentiments que ceux do regret, de pitié et de justice qui m'inspirent, mais qui n'excluent pourtant pas le

VIII rRÉFAGE

mépris pour la séquelle de poliliqueurs et d'intrigants, tentateurs interlopes, qui ont fait le malheur de cet homme, perdu cette destinée en la voulant e^çploiter, et privé la France du soldat que l'instinct populaire avait appelé le général Revanche. Mais, tout en me proposant de faire connaître un homme resté, en réalité, mal connu, malgré le bruit qu!il a fait dans le monde, en retraçant son

caractère, ses idées et ses opinions, je serai forcé,

pour la compréhension du récit, de dire quel rôle j'ai joué près de lui, quelleâ observations je lui ai faites, quels conseils je lui ai donnés qui ont provoqué ses réponses. Le lecteur pourra ainsi juger quelle était la valeur des uns et des autres, et les sentiments ou mobiles qui les ont dictés.

J'ai voulu dire la vérité, rien que la vérité, et toute la vérité, faisant connaître des intentions ou dçs sentiments destinés au secret des confidences et dont la sincérité pour cette raison ne peut être mise en doute. Si je n'ai pas apporté plus de documents à titre de preuves, c'est que je n'ai pas voulu grossir considérablement cet ouvrage, en me réservant de produire ceux qui seront nécessaires lorsque mon témoignage sera contesté. Quant à Topi-

IM'.ÉFAGE IX

nion du général Boulanger sur beaucoup d'hommes, il ne Veut sans doute pas exprimée avec tant de franchîsô militaire, s'il avait cru que la publicité leur serait donnée, mais on excusera et on comprendra sa sévérité en songeant à ce qu'il en avait éprouvé.

L'amitié très vive, et à laquelle je reste fidèle, que j'ai eue pour le général Boulanger, ne m'a pas aveuglé. Si j'ai pu connaître et apprécier ses belles qualités, j'ai pu aussi connaître ses faiblesses. Comme il le disait lui-même, l'homme n'est pas parfait. Et je noterai sincèrement ces faiblesses, pour son excuse ou sa justification même, parce qu'elles expliquent ses fautes qui, ayant fait de lui le jouet et la victime d'une bande d'intrigants et de faiseurs, ont amené l'avortement de l'un des mouvements d'opinion les plus extraordinaires qu'on ait vus, et ruiné une des destinées les plus brillantes qui se puisse rêver. Il en ressortira une leçon qui peut-être pourra servira quelqu'un, en supposant qiic l'expérience serve aux partis et aux hommes.

Comme je n'apporte ici aucune passion, peutêtre beaucoup de lecteurs ayant appartenu aux camps opposés, retrouveront-ils dans l'évocation

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