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LA MARCHE PARALLELE

On a vu que dès l'élection présidentielle de M. Carnot, les monarchistes qui avaient d'abord si vivement attaqué le général, avaient tenté vainement du reste, de le corrompre et de l'embaucher, à raison de sa popularité dans le pays et dans l'armée.

Dès ce moment l'idée de se servir de lui, qu'il le

voulût ou non, avait hanlé les politiques royalistes. C'est dans ce monde qu'étaient surtout les relations de M. DilloD, qui professait pour lui la déférence d'un commerçant pour l'acheteur alors qu'il n'avait pour les ex-radicaux du Comité que les sentiments de l'imprésario pour les gens de sa troupe.

It connaissaitles espérances des premiers, ayant été dès le début ea relations assez étroites avec M. Arthur Meyer, directeur du Gaulois. Quel concert avait été établi entre eux7 Jel'ignoie, n'ayant pas eu leurs confidences, qu'ils n'ont peut-être pas faites. Mais on peut le présumer par les faits.

Les actes révèlent les intentions.

Dès le moment où M. de Martimprey se hvrait h sa stérile tentative d'embauchage en présence de M. Le Hérissé, des conQdences discrètes, faites h. demimot m'avaient appris que l'on se préoocupail d'amenarles monarchistes au généra! grâce à une influence féminine et aristocratique qu'on devine assez sans que .j'aie à In nommer, alors que la personne a été elle-même quelque peu dupe d'une intrigue savamment ourdie.

Ai-jo besoin de dire que, suivant les conBdences auxquelles je fais allusion, ot remontant au mois de décembre 1887, c'est M. Laguerre qui songeait à utiliser cette influence et à former « une caisse noire n.

Ce qui est certain, c'est que M. Arthur Meyer s'intéressait d'une manière toute particulière à la fortune du général Boulanger, et plus encore que ne le comportait la campagne entreprise par lui dans le Gaulois, en proposant ce qu'il appelait la « marche parailèle, ..

La a marche parallèle " était établie sur ce sonnoment d'une logique simpliste et conséquemmcol bien faite pour les Français et surtout pour tef monarchistes : v Nous avons les mêmes adversaires

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combattons-les ensemble et d*abord ; nous verrons ensuite. »

Dans cet arrangement, les monarchistes, dont un grand nombre ne se faisaient plus guère d'illusion sur les chances de la monarchie, avaient tout à gagner. Si la marche parallèle aboutissait par hasard à une restauration monarchique, ils en auraient les faveurs. Si, au contraire, elle amenait, comme il semblait probable, le général Boulanger au pouvoir, ils s'arrangeraient fort bien d'en être les dignitaires, fonctionnaires et chambellans, car ils ne pouvaient concevoir que Tavénement du général allât sans ce train ; et si une grande dame prit tant d'intérêt à Tentreprise, c'est qu'on lui avait persuadé qu'elle serait l'ordonnatrice des réceptions et des fêtes pour lesquelles elle a une évidente compétence.

Tel est le naïf calcul, digne de l'opérette, sll n'avait eu de si lamentables conséquences, par lequel les meneurs de l'intrigue avaient tenté de rallumer les espérances ou les convoitises des monarchistes. Et ils y avaient réussi.

Aussi tapageuses que fussent les manifestations de la Ligue des patriotes, celtes des monarchistes ne Tétaient pas moins, et elles devenaient plus compromettantes encore.

11 se jouait alors une comédie désolante, qui aurait été le comble du machiavélisme, si elle n'avait été le comble de la sottise. Peignant, soit de n'avoir pas entendu les déclarations si nettement républicaines tant de fois répétées du général, soit d'y adhérer, les réactionnaires et les monarchistes s'ingéniaient à accaparer le bqulangiâme, agissant comme ces bellâtres séducteurs qui, pour faire croire à leur bohne fortune et écarter des rivaux, se livrent à l'égard d'une femme à des familiarités compromettantes que rien n'autorise.

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Deux hommes auraleot pu empêcher cette comédie àa se poursuivre en détertninanl le général, et au bt^soin en le contraignant, ce qui n'aurait pas été Di^cQssaire, ft prendre une attitude telle que les familiui'ités compromettantes dussent cesser. Ces deux hommes sont MM. Henri Rochefort et Laguerre.

ho premier pouvait avoir une grande influence sur le général, qui attachait le plus haut prix à son concours, considérant son talent comme redoutable, et l'estimant tout à la fois pour sa célébrité, sa tenue et SCS manières de gentlemen, son désintéressement, si coiilraire à la gloutonnerie des politiciens besoigneux <|iii l'entouraient, et eniin, je t'ai dit, parce que le gi?[iêral prisait au plus haut point le genre de bon aans et d'esprit par lesquels se distingue le pamphlétaire de \' Intransigeant.

Si, avec sa connaissance des intrigues parisiennes cX son franc parler, ce dernier avait averti le général ih-^ pièges qui lui étaient tendus, en lui déclarant qu'il ne pouvait ni ne voulait marcher « parallèleriR'iit 1) avec MM. Arthur Meyer et de Gassagaac, ni demeurer dans le boulangisme quand les réactionnai- TDs y entraient, il n'y a aucun doute que, malgré M. Dillon et tout le Comité, le général aurait fait ce ijuc lui aurait demandé le rédacteur en chef do l'/n- Iransigeanl.

Mais M. Henri Rochefort s'occupait peu sans doute de ce qui se passait dans le boulangisme, et il lui suHlsail d'exprimer son opinion, sans se soucier do cRile des autres; aussi son action qui aurait pu ("ÎLni très importante quant à la direction du parti et p;(i contre-coup sur les événements, fut-elle nulle.

M. Laguerre était un avocat très mondain, violent ;i froid, ayant la réputation d'ôtre habile et qui l'était eifel dans les intrigues et les manœuvres ; manquant do sens politique, c'est-&-dire de prévoyance,

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comme les faits Tont prouvé, et joignant de grands besoins à un grand scepticisme. Il avait séduit le général par ses qualités mondaines, et il avait mérité sa reconnaissance en prenant sa défense à la tribune dans l'interpellation sur le conseil d'enquête.

Il était devenu le personnage politique important du Comité et le leader du boulangisme. Aussi lui aurait-il suffi de quelques observations pour que ses collègues se tinssent à Técart de toutes les intrigues réactionnaires, et pour que le général, malgré son rêve de réconciliation des Français qu'on exploitait^ comprît qu'il y avait des réconciliations impossibles, parce qu'elles entraînaient la duperie ou la complicité.

Mais c'était justement M. Laguerre qui, de concert avec M. Dillon, s'entendait avec M. Arthur Meyer et les chefs de la Droite, MM. de Mackau, de Breteuil et de Gassagnac entre autres, ne craignant pas d'afficher à la Chambre ses relations familières avec eux, et jouant, avec moins d'habileté et de bonheur, le rôle de Fouché.

Il s'était fait facilement un associé de M. Naquet, qu'il avait conduit dans le monde aristocratique, exploitant sa vanité, son goût des combinaisons équivoques, et ses bizarres ambitions. Rien n'était d'ailleurs plus facile, et M. Naquet ne sut peut-être jamais réellement quel genre d'intrigue il servait, croyant en servir une autre que la véritable.

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