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LE BANQUET DE TOURS

Jusque-là, les monarchistes avaient bien manifesté leurs espoirs dans le succès du boulangisme. MM. Dilion, Laguerre et Naquet avaient bien négocié, chacun suivant leurs relations, avec la Droite; mais le général, tout en rendant les politesses qui lui étaient faites sans se préoccuper beaucoup du parti de ceux qui les faisaient, était resté immuable dans ses déclarations.

A la « marche parallèle » du Gaulois, s'opposaient, virtuellement au moins, les opinions révolutionnaires de V Intransigeant, dont le tirage avait atteint un chiflTre considérable II était à craindre qu'à l'heure décisive, celui-ci ne déroutât toute la stratégie réactionnaire. Pour que ce fâcheux contre-temps ne se produisît pas, il fallait que le général fît une déclaration qui pût passer pour un engagement ou un pacte d'alliance. Par tout ce qu'on a vu jusqu'ici, ce ne pouvait être chose facile. M. Naquet, pourtant, s'en chargea.

Deux camps boulangistes se partageaient la ville

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de Tours ; Tun, celui des républicains et socialistes ; l'autre, celui des réactionnaires plus particulièrement cléricaux. Ce fut le terrain choisi.

Le général fut invité à y présider un banquet. Quelles négociations eurent lieu à ce propos? J'ai tout lieu d,e croire qu'on représenta au général la division fâcheuse existant entre deux camps, que sa présence seule pouvait réconcilier. C'était le prendre par son faible.

Ce que je sais, c'est que, à la fin de décembre, il avait été invité, à Montluçon, à un banquet dont les organisateurs étaient les cléricaux qui avaient arboré la cocarde boulangiste pour gagner les suffrages des ouvriers, et qu'il refusa énergiquement. C'est même une des rares fois oùj'ai vu passer de sombres éclairs dans son œil bleu et pu deviner ce que devaient être ses colères.

Le négociateur, en cette circonstance^ avait invoqué le nom d'un colonel en retraite, habitant Moulins.

— Il s'entend avec Dillon, me dit le général. Je le connais bien; nous nous tutoyons; mais les relations amicales n'ont rien à faire dans la politique. C'est un réactionnaire. Je vous montrerai de ses lettres.

Et il ajouta, pour le dépeindre, quelques traits, moins d'ordre politique que de conduite courante. Pour lui, on était réactionnaire, non pas seulement quand on professait certaines opinions politiques, mais encore quand on sacriQait à certains préjugés sociaux.

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