‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 41 sur 139 · MM. CLEMENCEAU ET REINAGH · texte numérisé non relu

MM. CLEMENCEAU ET REINAGH

En môme temps, M. Clemenceau, qui a une incontestable ingéniosité d'imagination en matière de solutions arbitraires et exceptionnelles, s'entendit avec M. Reinach, dont le nom a été mêlé si tristement à Taffaire du Panama, pour provoquer non seulement l'arrestation du général, mais encore sa condamnation par mesure de salut public.

Dans son journal, la Réfmbliqne française ^ M. Reinach invoquait « les justes lois, » sans les pouvoir préciser. Car, en eff'et, il n'est pas de loi encore qui interdise à un homme de se rendre populaire, et d'inspirer la confiance enthousiaste à la foule de ses concitoyens. 11 n'était pas même de loi alors interdisant à un citoyen de se faire élire, s'il le pouvait, dans plusieurs départements ou collèges électoraux.

Tout ce que pouvaient prétendre MM. Clemenceau, Reinach et leurs amis, c'est que le général Boulanger, par son influence, était un péril pour les candidats parlementaires, ce qu'on traduisait en disant qu'il était un danger pour la sûreté de l'Etat. Il n'y avait

donc qu'à le déférer comme tel à un tribunal spécial composé d*adversaires politiques, et sa condamnation était certaine, puisqu'il ne s'agissait que de savoir s'il était, oui ou non, un danger ou seulement un embarras pour l'Etat, c'est-à-dire pour le gouvernement. Quant au tribunal^ il était trouvé, étant indiqué par la Constitution : c'était le Sénat, jugeant comme Haute Cour.

Ceux qui, depuis, dans l'enquête du Panama, ont tant invoqué le principe de la séparation des pouvoirs et le respect des formes et garanties Juridiques, n'y songèrent pas alors une minute. Ils furent, au contraire, les plus ardents à approuver cette parodie terroriste, sans prévoir qu'elle pourraitun jour se retourner contre eux et qu'ils ne pourraient plus protester contre un arbitraire dont ils auraient donné l'exemple.

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