LA HAUTE COUR
Dès que le général fut à Bruxelles, les membres du Comité, qui depuis lui ont le plus vivement reproché son départ, publièrent une lettre collective par laquelle ils déclaraient que c'était sur leurs instances qu'il était parti. On ne sait donc plus à quel moment ils ont menti, si c'est quand ils prétendaient avoir conseillé le départ ou quand ils l'ont blâmé.
Presque aussitôt, ils se rendirent à Bruxelles, d'oîi ils rapportèrent une proclamation violente, dont le ton, ne concordant guère avec les circonstances, la rendait aussi maladroite que ridicule. Le gouvernement français en prit prétexte pour présenter des observations au gouvernement belge. Celui-ci fît officieusement et courtoisement avertir le général Boulanger, en l'invitant à quitter le territoire, afin de n'avoir pas à pirendre contre lui un arrêté d'expulsion.
MB LE MEMORIAL DE SMNT-BRELAUE
Le général, M. Henri Rochefopt et M. Dillon, qui
lus avait rejoints, durent donc aller chercher un asile i Londres, escortés de journalistes, au premier rang desquels, dans les photographies de l'cmbarquemenl, on Irouve 1' " enfant de cbœur », M. Mcrmeix.
Lie général étant parli, il fallait l'empêcher de ren- Lcor, ce qu'il aurait pu faire d'un moaienl à l'autre. Dans ce but, on le déféra eu hMe h. la Haute-Cour, sous \-\ prévention de complot contre la sûreté de l'Etat, en iigrémeutant celle prévention principale d'accusations subsidiaires d'irrégularités, sinon do détournements, Ql d'emploi des fonds del'Etat, afln de porter atteinte h sa popularité, àsaconsidération et à sa réputation, pourtant justifiée, de probité militaire.
Comme il ne pouvait avoir ourdi un complot à lui seul, on lui donna pour coaccusé et prétendu complice, M. Henri Rocheforl, qui avait, parait-il, conspiré secrètement ce publiant des articles tirés à 200,000 exemplaires, et en leur adjoignant l'infortuné M. Dillon qui n'avait jamais songé qu'à faire une affaire, ayant bien plus conspiré contre le boulangisme que pour lui, et contre lequel on ne pouvait invoquer, du moins au point de vue politique, un seul délit relevant simplement d'un tribunal correctionnel.
Jamais plus odieuse et plus lamentable comédie juridique ne futjouéo.
L'un de ses instigateurs, M. Clemenceau, l'a lui môme qualifiée effrontément à la Iribune, lors de l'inlerpelialion sur la représentation de Thermidor, en disant, s'adressant à son collègue et collaborateur M. Reinach :
Ah! vous n'êtes pas pour le tribunal révolutionnaire, monsieur Heinach I Mais vous avez la mémoire courte. Il n'y a pas longtemps, nous en avons fait un ensemble, un tribunal révolutionnaire, et le pire de tous. Nous avons livré des hommes politiques à des
hommes politiques, et la condamnation était assurée d'avance.
»... Oui, un jour néfaste est venu où nous avons eu peur pour la République et pour la patrie : nous pouvons le dire, c'est notre excuse. Souvenez- vous qu'en ce jour, oti les dangers assurément n'étaient pas comparables à ceux de l'époque révolutionnaire, nous avons entendu dans cette enceinte une voix partie de 6es bancs qui s'est écriée : « En politique^ il n'y a pas de justice !»
Après cet aveu fait en de tels termes, par Tun des deux députés qui^ ayant peur, (ce qui est, dit-il, leur Gxcuse), provoquèrent la formation du tribunal d'exception pour livrer le général Boulanger à ses ennemis^ alors que la condamnation était « assurée d'avance »^ tout commentaire en affaiblirait la portée.