LA CAUTION DE M. MERMEIX
A défaut de preuves pour donner une apparence au moins de légitimité à la condamnation a assurée d'avance », comme l'a dit M. Clemenceau, qui en savait quelque chose, on inventa trois ou quatre témoins véreux, dont l'un, Buret, avait subi plusieurs condamnations pour escroqueries.
L'instruction avait été faite naturellement dans le plus grand secret, alors que, s'il y avait eu complot, il y aurait eu à ouvrir une large enquête.
Le dossier fut imprimé en un volume^ pour être distribué aux sénateurs, mais avec des précautions minutieuses, pour éviter toute indiscrétion. Pourtant, un de ces volumes, dont le nombre était compté, disparut, et fut apporté à la Cocarde,
M. Mermeix, qui était devenu rédacteur en chef de
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ce journal, avec M. Le Hérissé pour directeur, après^ une faillite — et auquel je n*apparteuais plus depuis longtemps, soit dit en passant, — crut'rendre de l'intérêt à sa ieuiile sans clientèle en publiant les pièces de ce dossier.
C'était déclarer publiquement sa complicité dans la soustraction des volumes, laquelle était attestée, d'ailleurs, par une dépêche en clair adressée au général Boulanger^ à Jersey, signée Mermeix, et ainsi conçue ;
« Avons acheté dossier Haute-Cour. »
M. Mermeix fut arrêté pour complicité de détournement. Quoiqu'il injuriât presque chaque jour ses confrères de la presse républicaine, ceux-ci intervinrent pour demander son élargissement, qui fut accordé sous caution. Mais il fallut la caution fixée à 2,000 francs. C'est naturellement au général qu'on s'adressa. Il les envoya, et l'on oublia totalement de les lui restituer. Quelques mois après, celui qui venait d*ôtre ainsi tiré d'embarras, entreprenait la publication des Coulisses du Boulangisme, pour reprocher au général d'avoir reçu de l'argent des monarchistes.
Quand les lignes qui précèdent ont paru dans le Matin, M. Mermeix a adressé à ce journal une lettre rectificative, prétendant que ce n'était pas le général qui avait fourni cette caution, mais bien M. Le Hérissé, son ancien patron à la Cocarde, et il produisit une lettre de ce dernier déclarant avoir versé la somme en question.
On trouvera plus loin une lettre du général à ce sujet. Il est bien certain que ce n'est pas le général qui a adressé au greffe les 2,000 francs destinés à la caution de M. Mermeix. Il les a adressés à la Cocarde. Il se peut bien que ce soit M. Le Hérissé qui les ait por-
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tés au greffe, comme il a payé tant bien que mal le prix d'acquisition de la Cocarde pour lequel il avait reçu 70,000 francs de M. Dillon.
Le général m'a raconté, et je ne suis pas le seul auquel il a fait ce récit, que M. Le Hérissé avait donné une fêle en son honneur dans sa propriété d*llle-et- Vilaine. Les membres du Comité y étaient invités. Le dîner avait été suivi d'un feu d'artifice, tiré dans le jardin. Le général admirait, et comme M. Dillon se trouvait près de lui, il lui dit: — Le Hérissé fait vraiment bien les choses.
— Oui, avec notre argent, répliqua M. Dillon.
— En effet, ajoutait le général, en manière de conclusion. Le Hérissé se fit, avant notre départ, rembourser tous Ibs frais de la fête.
Mais, c'est lui qui avait payé l'artifice comme il a versé la caution de M. Mermeix.