SCISSION DANS LE COMITÉ
Je n'ai pas à revenir autrement sur ce procès de la Haute-Cour, qui ne fut, do l'aveu môme de ses instigateurs, qu'une manœuvre politique que ceux qui l'ont prise n'oseraient essayer de justifier et qu'ils expliquent par la peur qu'ils avaient.
On ne songeait qu'à se débarrasser d'un homme paraissant dangereux à raison de sa popularité en essayant si on le pouvait, de le déconsidérer. On avait môme recueilli dans ce but des billets d'une intimité spéciale, dont le style à la fois de collégien et de caserne, était certes fait pour effaroucher la pudibonderie des députés et sénateurs, fréquentant assidûment les coulisses et le corps de ballet, mais qui aurait prouvé que le sous-lieutenant de Turbigo était un
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homme, comme les hussards d'Augereau et comme Henri IV, et non pas qu'il conspirait contre la sûreté de l'Etat ou contre la République.
Le procès n'obtint que l'un des deux résultats qu'on en attendait: celui d'empêcher le général condamné de rentrer en France.
Pour le reste, sa popularité, diminuée par la conduite de ce qu'on appelait si justement « la bande », restait encore très grande et n'était pas atteinte par le verdict de la Haute-Cour.
Quant à Henri Rochefort, s'il ne pouvait plus habiter Paris, ses articles y étaient publiés, le lendemain comme la veille de la condamnation, et il n'en était que plus à l'aise pour attaquer accusateurs et juges.
Mais l'absence du général eut pour conséquence d'accroître les prétentions du Comité dit jiatioMl> de laisser le champ libre à ses intrigues et de fournir des prétextes presque légitimes à une entente avec la Droite.
Cette entente, insupportable à une foule de républicains, amena une scission dans l'état-major boulangiste^ qui se sépara en deux camps, l'un hostile aux monarchistes, l'autre poursuivant leur alliance.
Dans le premier étaient MM. Turque t, Turigny, Vacher, Vergoin, Michelin, Susini, Planteau.
Dans le second se trouvaient les hommes les plus influents du Comité, MM. Laguerre, Naquet, Déroulède, Laisant, Le Hérissé, et, naturellement, M. Dillon.
M. Constans favorisa cette scission parles moyens dont il disposait et les relations qu'il avait dans le camp boulangiste. C'était encore un service qu'il rendait au boulangisme, involontairement sans doute, car en dégageant ce parti des alliances et compromissions réactionnaires, si on pouvait faire perdre à ses
LE MÉMORIAL DE SAINT-BRELADE i33
candidats des appoints de suffrages, on lui rendait du moins les sympathies démocratiques.
Mais les dissidents préoccupés avant tout de leurs chances électorales, et quelques-uns aspirant à voir se rouvrir pour eux la caisse, revinrent au Comité, y compris M. Martineau qui remit sa défection à une époque ultérieure... c'est-à-dire après son élection.