‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 49 sur 139 · UN VOYAGE A LONDRES · texte numérisé non relu

UN VOYAGE A LONDRES

J'arrivai seul à Londres, un dimanche matin, un jour de courses à Ascott, paraît-il, sans avoir avisé personne, et inexactement renseigné sur la maison qu'habitait le général, mais ayant l'adresse de M. Naquet. N'ayant pu découvrir l'habitation du premier dans Portland, je me décidai à aller me renseigner chez le second. Encore couché, celui-ci me fît prier de revenir, et donner par sa bonne française, aimant à voir des Français, des renseignements surla demeure du général, qui était au coin de la rue. Je m'y rendis aussitôt.

Je le trouvai installé dans une maison louée certainement toute meublée à un Anglais — ce qui se devinait à son confortable du mauvais goût le plus bourgeois. 11 faut que M. Naquet, qui pourtantadîné

chez M. de Breteuil et dans quelques maisons aristocratiqueSj en compagnie de M. Laguerre, ait bien peu de notions de luxe, pour avoir osé plus tard parier du « luxe princier» des habitations du général.

Je revois toujours trois portraits photographiés^ de dimensions énormes, plus grands que nature, représentant sans doute le propriétaire du lieu et ses deux fils, qui étaient bien ce qu'on pouvait voir de plus laid au monde. Les meubles emportés de Paris, consistant surtout en sièges, étaient accumulés dans une pièce, qu'ils remplissaient si bien que, dans son incessante promenade de fauve en cage, le général était forcé de faire toutes sortes de détours peur ne pas s'y heurter.

Il me reprocha amicalement de ne pas l'avoir averti de mon arrivée, parce qu'il avait accepté une invitation pour aller aux courses, ce qui, pour les Anglais, est une affaire des plus sérieuses, presque un culte, et qu'il ne pourrait ce jour-là me garder et me donner plus d'une heure.

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