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UN GÉNÉRAL SANS ARMÉE

On se mit à causer. Je le trouvai indécis, voulant avoir plus confiance qu'il ne l'avait en réalité, et, pour me servir de l'une de ses expressions, dans l'état d'un général qui ne voit plusîle champ de bataille et ne tient plus les troupes dans sa main.

On reparla de la chute du ministère Ploquet, amenée par ses amis, et il avoua avec regret que c'était une faute. Lui rappelant que j'avais prévu l'arrivée au pouvoir de M. Gonstans, en l'avertissant qu'il pourrait être un adversaire redoutable, j'en fis le portrait, disant qu'avec lui on aurait pu pourtant, sinon

s*entendre, du moins avoir l'apaisement ; et je lui dis :

— Vous ne connaissiez donc pas M. Constans?

— Mais si, me répondit-il d'un air un peu humilié. Je le connaissais sibien^ que c'est lui qui, le premier, a songé à m'appeler au ministère delà guerre, et que c'est parce qu'il m'avait désigné que j'y suis ve^u. C'est môme par moi qu'il a connu cette canaille de Buret, que j'avais eu occasion de rencontrer en Tunisie, et que je lui avais envoyé pour le remercier.

— Comment ! m*écriai-je, vous connaissiez à ce point M. Constans, et vous êtes parti en guerre contre lui, ou vous y avez laissé partir, quand vous pouviez lui procurer le facile honneur d'une suspension d'armes qui vous aurait permis d'attendre tranquillement le moment des élections ?

— Que voulez-vous ? répliqua le général^ gêné par l'observation ; on ne peut pourtant pas se laisser donner un coup de poing sans le rendre.

— Si. En politique, il faut n'avoir pas de ces emportements. Il faut tuer son ennemi d'un coup ou ne rien faire, etne pas le menacer ni l'injurier. D'ailleurs, ce n'était pas à vous que s'adressait le coup de poing, si coup de poing il y a, mais à M. Déroulède et à sa Ligue. La riposte de M. Laguerre n'a pas fait grand mal à M. Constans, mais elle vous a valu la condamnation de la Haute-Cour. Je ne comprends vraiment pas qu'on entreprenne cette guerre au couteau, quand l'adversaire tientlalame etquel'on n'aquele manche.

— Vous avez raison, répondit le général. Mais ce qui est fait est fait. Les récriminations n'y peuvent rien changer. N'en parlons plus.

Tout en causant, il était allé vers la fenêtre, ayant perçu un bruit qu'il reconnaissait. Comme machinalement, il souleva le rideau et m'appela :

— Venez voir les beaux hommes !

Un escadron de horse guard passait^ revenant du

LB MÉMORIAL DE SAINT-BRBL ADE palais delà reine, superbes dans leur habit rouge vif,

leur haute taille, grandis encore par leur casqus d'acier poli, droits sur leurs grands cbevaux. Quoiqu'il les vit tous les jours à la môme heure, il les conti'mphit gravement dans une admiration muelle, et ne TL-prit la causerie que lorsqu'ils furent passés.

Il me parla alors de la scission qui s'était produite parmi les membres du Comité et que M. Constans travaillaità entretenir, en s'ingénianl à faire grouper les dissidents dans un nouveau comité ou un Journul.

— Il faut laisser faire, lui dis-jc. Et je lui expliquai que les dissidents invoquaient et invoqueraient des pri^Loxlcs, sincères ou non, de républicanisme qu'il fallait raspecter; qu'il serait à souhaiter môme que le boulangisme ne fût qu'une variété d'opinion républicaine, el la plus réformatrice; que le plus grand service qu'nn lui pût rendre était de le faire tel, et que s'il plaisait & M. Constans de faire entreprendre celte campagne et d'en payerles frais, il n'y avait qu'à en profiter.

IJnoiqu'il n'eût pas de raisons & m'opposer, le général no pouvait consentir h admettre cette espèce de duplicité. Son honnêteté militaire et sentimentale s'y refusait; ce n'était pas un politicien.

Un peut juger par là ce qu'il y a de vrai dans les intrigues qu'on lui a prêtées et qui étaient. le fait de ses calomniateurs mêmes.

Jlne restait plus que peu de temps pour la causerie eu jiiiir-là. Je dus rapidement loi faire part de mes îi[i[ii'ihonsionsen]ui indiquant, les principales causes, qui i:dieotles attitudes ridiculementet grossièrement ta |'.r;^e lises des boulangistes outrnnciers et l'espèce de pi'i>t< i:lion de plus en plus compromettante des députijs ri journaux de la Droite.

— Il faut que nous causions de cela longuement, mo dil-il. Vesez demain h deux heures. Je tiens à ce que

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Dillon soit là, ildoit venir ; je vais le faire prévenir pour qu'il ne manque pas.

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