ÉTRANGES CANDIDATS
M. Déroulède en demandait à peu près la moitié pour lui seul, au nom de la Ligue. On confectionna ainsi une liste dans laquelle figuraient les noms, non seulement d'individus sans influence, mais encore déconsidérés et méritant de l'être, gens vivant d'expédients, pour ne pas dire plus, ivrognes, aigrefins, bien entendu ignorés du général, et recommandés par l'un des directeurs du Comité.
Les comités locaux protestaient dans des adresses collectives, dont jci possède quelques-unes. On ne les écoutait pas, pas plus qu'on n'avait tenu compte de l'opinion du général exprimée plus haut, et dont on ne se doutait pas qu'il subsistait une preuve.
Une campagne électorale, même municipale, ne se fait pas sans argent, surtout quand on prétend imposer des candidats, et quand ceux-ci ont si peu de considération, d'influence et de surface.
C'est naturellement au général qu'on s'adressa, M. Dillon ayant disparu après les élections législati-
ves et le : « Bonsoir, messieurs ! » du Gaulois, Le général réunit toutes ses ressources disponibles, et paya pour les frais électoraux 220,000 francs, dont 172,000 francs pour le premier tour, et 48,000 francs pour le second.
Chaque candidat reçut, ou dut recevoir une somme déterminée, sur laquelle quelques-uns payèrent leurs dettes criardes.
Il y en eut qui prétendirent n'avoir point reçu intégralement la somme qui leur était allouée, et sur laquelle le membre du Comité, chargé de la transmettre, avait pris sa part. A titre de commission, sans doute.
Le résultat dépassa mes prévisions les plus pessimistes. Deux des candidats boulangistes seulement furent élus. Encore Tun d'eux, M. Girou, au scrutin -de bîdlottage, avait-il changé son titre d' « investi », en celui « d'indépendant », déclarant n'être pas rhomme d'un homme, et ne connaître que les principes.
Il oubliait totalement les subsides.