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PARAITRE OU DISPARAITRE

Le premier tour de scrutin ne pouvait laisser d'espoir. Le parti national, transformé en parti révisionniste pour les élections municipales, s'effondrait à Paris. Ses directeurs ne pouvaient plus songer à vendre à un parti quelconque une influence dont Tinanité venait d'être démontrée, et qu'il fallait s'eff'orcer de faire renaître. Ils eurent alors, dans ce but, la pensée, d'aller sommer le général de revenir, non plus cette fois pour se mettre à la tête d'une insurrection, mais pour se livrer au tribunal révolutionnaire, suivant l'expression de M. Clemenceau, qui l'avait condamné, et qui, naturellement, le recondamnerait d'autant plus facilement qu'il serait seul en cause.

Ceux qui avaient cette ingénieuse et belle pensée supposaient, non sans quelque apparence de raison, que, si le général revenait purger sa contumace, il s'ensuivrait, quand il serait à l'île Nou ou à la Guyane, une vive émotion, qui se changerait en grande pitié, dont bénéficieraient ceux qui passaient pour ses amis, qui se prétendraient ses vengeurs, et qui se feraient une grande popularité dans les agita-

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lions provoquées par la compassion, sans qu'ils fuss^ent embarrassés par la présence de la victime.

C'était un projet presque aussi beau que celui des monarchistes. Si beau qu'il fût, il échoua.

D'après un récit publié par le Gaulois^ c'est au siège du Comité, où se trouvaient réunis sept ou huit membres sur quarante environ, que, le 18 avril, M. Déroulède prit l'initiative de la proposition dans les termes suivants, dit ce journal :

« — Allons le chercher, faisons une dernière tentative, dit Déroulède. Allons lui poser l'alternative : Nous suivre ou nous quitter. Paraître ou disparaître.

« La proposition adoptée, les quatre cherfs du Comité (ainsi les nomme-t-on), MM. Déroulède, Laîsant, Laguerre et Naquet, qui s'adjoignirent en route M. Le Hérissé, partirent pour Jersey et revinrent comme ils étaient partis. »

Un peu plus loin, je donnerai sur cette démarche le récit du général, sans doute plus véridique que les racontars intéressés publiés à ce sujet.

Le lendemain du scrutin, M. Naquet avait publié dans la Presse un article : La Défaite^ qui criait le « Sauve qui peut! »

Après le retour des cinq émissaires du Comité, celui-ci délibéra sans pouvoir se résoudre à rien. Les modestes^ dont quelques-uns, je l'avoue, étaient des dévoués sincères, demeuraient attristés.

Les anciens et les importants songeaient à accaparer les débris des forces électorales qu'on pouvait encore exploiter, et en même temps à se débarrasser du général, rendu responsable de tout, quand il ne rétait de presque rien, traité de « cadavre )> par M. Laguerre dans ce billet :

« Merci, mon cher B..., de votre bon souvenir; je vais tout h fait bien. Ne craignez rien, je reste Adèle

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au programme, mais vous ne pouvez pas me demander de galvaniser un cadavre.

Bien à vous,

» A. Laguerre. »

Il n'était pas difficile de rester fidèle au programme, puisqu'il n'y en avait pas, à moins d'entendre par là le pacte d'alliance avec les monarchistes.

A peu de temps de là, en juillet, dans un entretien avec M. Bonard (d'Angoulôme), l'un des plus fidèles et des plus dévoués partisans du général, à qui M. Déroulède devait en grande partie son élection, le môme M. Laguerre essayait de persuader son interlocuteur de la nécessité de passer par un régime mixte, qui serait encore la République, puisque les institutions parlementaires seraient conservées, mais qui placerait oelles-ci sous l'égide d'un prince d'Orléans.

On sait que M. Laguerre avait fait au boulevard des Capucines, un peu* avant, une conférence sur le jeune duc d'Orléans, qui avait cru se rendre très populaire en venant en France demander à tirer au sort comme conscrit.

L'intrigue, sinon la conspiration orléaniste, esl permanente. Et il est assez étrange que ce soit le général Boulanger et Henri Rochefort qui aient été accusés et condamnés pour complot contre la République, alors que les meneurs de l'intrigue ou de la conspiration orléaniste et leurs agents ou complices, n'ont pas môme été dénoncés.

Le diplomate du Comité, M. Naquet, se chargea de démontrer au général la nécessité d'abdiquer, en môme temps qu'il lui faisait faire la môme démonstration par r« enfant de chœur » M. Mermeix, — ce qui résulte de la concordance des deux dates, et de fait que c'est M. Mermeix qui avait été chargé par

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M. Naquet de remettre aux candidats du VII° la 5omme qui leur était allouée pour leurs frais électoraux.

Quoique la lettre du premier soit très longue, je crois devoir la donner entière, pour qu'on ne suppose pas que j'en dissimule les parties importantes, en faisant remarquer que l'auteur prête insidieusement au général des opinions et des projets qui ne sont pas les siens, cohnme on Ta vu déjà^ et comme on le verra encore par la suite.

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