LE RENIEMENT DE M. NAQUET
Paris, le 14 mai 1890.
Mon général,
Depuis notre départ de Jersey, je n'ai plus rien reçu de vous. Mais il me revient de plusieurs côtés que vous êtes très irrité contre Laguerre, Laisant, Le Hérissé, Déroulède et moi; que vous vous servez volontiers à notre endroit du mot de « lâcheurs »; (Ju'en un mot vous ne nous considérez plus comme des amis.
Pour ma part, après l'absolu dévouement que j'ai eu pour votre cause — dévouement qui a peut-être été excessif, car si j'avais été moins dévoué et par cela même plus ferme, j'aurais pu éviter certaines fautes qui ont tout perdu -- je ne puis me faire à cette idée que l'amitié même ait disparu en un jour, qu'une heure de conversation * ait pu supprimer deux années de luttes et de sacrifice 2.
C'est pourquoi, convaincu que vous interprétez mal Hia pensée et celle de mes amis, je me décide à vous écrire.