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DISSOLUTION DU COMITÉ

Le Comité, procédant à la manière parlementaire avait, après les élections, remplacé son président, M. Naquet, par un autre des cinq, M. Laisant. Il s'était grossi des nouveaux élus, qui ne peuvent avoir de responsabilité dans ses actes^ pas plus d'ailleurs que quelques membres déjà nommés, tels que MM. Vacher, de Ménorval, Elie May, Planteau, sans influence sur leurs collègues.

Le siège en avait été transporté rue de l'Arbre-Sec. Il fallait aviser à la conduite que Ton allait tenir. On récrimina beaucoup. Les nouveaux élus ne voulaient s'engager à rien. Les anciens partisans sincères n'avaient que des regrets, et voulaient rester fidèles à celui qui avait été leur espoir. Les habiles voulaient reprendre leur liberté et leurs manœuvres, sans perdre la clientèle boulangiste qui était leur fonds de commerce. Ces divers sentiments se traduisirent dans un ordre du jour qui fut signifié au général par M. Laisant :

Le Comité républicain national, considérant qu'il ne saurait abandonner dans la défaite les 14i,000 vail-

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lants électeurs de Paris et du département de la Seine qui viennent de se grouper une fois de plus autour du parti républicain national,

Déclare que, sans vouloir troubler le pays par des agitations momentanément stériles,

Il maintient dans son intégrité son programme de réconciliation française et de réformes sociales.

Vive la révision I

Vive la liberté!

Vive la République nationale !

De mon côté j'avais écrit au général.

Toutes mes prédictions s'étaient malheureusement réalisées. J'avais le triste avantage d'avofr raison. 11 fallait, dans le désastre, sauver l'honneur, et se préparer à prendre une revanche sur la destinée; et pour cela il fallait rompre avec le passé, adopter une nouvelle attitude^ profiter de l'expérience, se mettre à l'étude, et prouver par sa conduite qu'on avait renoncé à toutes les anciennes erreurs. C'était une épreuve; il la fallait dignement subir pour être capable de jouer encore un rôle dans son pays, et en tous cas pour mériter l'estime du peuple.

Je reçus la lettre suivante, que je donne tout entière, parce que dans ses détails, insignifiants pour le lecteur^ elle indique la précision du chef de corps se préoccupant des voies et moyens :

« Jersey, Saint-Brelade's villa;

vendredi 9 mai.

» Mon cher ami,

» J'ai reçu votre lettre du 3; je l'ai lue et relue; je

l'ai méditée.

» Le résultat de mes réflexions est celui-ci :

» 11 faut absolument que vous veniez me voir, et

que nous puissions conférer ensemble, ne fût-ce qu'une

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heure. La résolution que j*ai à prendre est trop grave pour que je ne la discute pas avec vous depuis A jusqu'à Z, et il m'est de toute impossibilité de le faire par lettre.

» Voici donc ce que j'attends de Taffection que vous m'avez toujours témoignée, et qui m'est nécessaire aujourd'hui plus que jamais.

» Prenez un billet de Paris à Jersey, aller et retour, avec aller par Saint-Malo, et retour par Granville. Gela vous coûtera quatre-vingts et quelques francs. Vous partirez pour Saint-Malo lundi soir, 12^ à huit heures quarante-cinq du soir, et vous y arriverez à six heures quarante-cinq, le lendemain matin. Le bateau part ce jour-là mardi 13, à onze heures quarantecinq du matin et vous débarque ici vers une heure et demie. Je serai sur le quai à vous attendre.

» Vous pourrez repartir de Jersey le mercredi 14, pour Granville, et être à Paris à quatre heures du matin le jeudi 15.

» Vous le voyez, ce n'est en somme qu'une absence de deux jours que je vous demande, mais j'ai absolument besoin de vous.

» Soyez assez bon, au reçu de cette lettre qui vous arrivera dimanche matin, pour me télégraphier « Général Boulanger, Jersey » ce simple mot : Entendu y sans signature. Cela voudra dire que tout est bien convenu,

» A mardi donc. Bien affectueuse poignée de main et merci à l'avance.

» Général Boulanger. »

Au reçu de cette lettre, j'en exécutai les prescriptions.

Au départ de Saint-Malo, la mer était grosse. Pour n'avoir pas le mal de mer^ je restai seul sur le pont désert, que les lames, passant par dessus les borda-

ges, couvraient d'eau. Quand le quai de Saint-Hélîer fut en vue, j'aperçus la silhouette du général, reconnaissable à son attitude si personnelle, du plus loin qu'on put voir. Dès qu'on eut abordé, étant seul sur le pont et sans bagage, j'avais vite rejoint le général. En me donnant l'accolade, il mit les mains sur mon épaule toute mouillée :

— D'où diable sortez-vous donc?

— Du pont. Autant dire de Teau.

— J*ai fait faire du feu, montons en voiture.

Dès qu'on fut monté, et que la voiture roula, comme il me demanda des nouvelles, je m'excusais de ne guère répondre, étant transi de froid.

— Eh bien! c'est moi qui vais parler, dit le général. Avant d'en venir à ma résolution, j'ai beaucoup de choses à vous raconter,,et il faut que je vous dise et que vous sachiez tout.

Et pendant deux heures, durant le trajet de Saint- Hélier à la baie de Saint-Brelade, puis dans le salon de la villa où, muet, je me séchai près du grand feu qu'il avait fait allumer, il me fit la narration rapide, dont ces mémoires ne sont que le développement, et dont je vais répéter des passages gravés dans mon souvenir comme si je les avais entendus hier :

— J'ai été abominablement trompé. J'ai eu le tort de ne pas vous croire ; mais je ne pouvais vraiment supposer que vous aviez raison contre tout le monde.

» Je n'étais pas un homme politique, je le savais; mais je croyais que ceux qui m'entouraient en étaient, et qu'ils étaient des républicains. Ce n'étaient que des ambitieux. Etant ambitieux, ils auraient pu être plus prévoyants et plus habiles. Ils m'ont associé aux réactionnaires pour en avoir les suffrages d'abord, ensuite l'argent. J'ai eu tort', je l'avoue, et je le vois bien maintenant, de suivre cette voie. Mais j'étais injustement frappé, persécuté ; je voulais prendre ma

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revanche; il me fallait pour cela des alliés; j'ai pris ceux qui offraient de Têtre, d'autant plus que, parmi eux, beaucoup auraient abandonné leurs princes en qui ils n'ont plus confiance, pour me suivre, si je l'avais emporté.

» Ceux qui, aujourd'hui, n'ont pas assez d'invectives contre moi, n'auraient pas eu assez de leur langue pour lécher mes bottes.

» Quand vous m'avez| écrit la première fois, pour me supplier de ne pas revenir, en me parlant du complot monarchiste, je me suis dit : « Denis devientil fou? » Je n'avais rien promis. Depuis, j'ai encore vu que vous a\'iez raison. Les royalistes ne pouvant se servir de ma popularité, voulaient mon cadavre, pour s'en faire un tremplin. Aussi, vous n'aviez pas besoin de m'exhorter à ne plus me compromettre avec eux. Jamais, entendez-vous bien, jamais, dussé-je toujours rester proscrit, je ne m'associerai à eux. On ne peut rien faire avec eux sans être leur dupe.

» Vous avez toujours combattu le Comité. Ahl je dois vous rendre cette justice. Je persiste à croire, comme je vous l'ai écrit, qu'il y avait dedans de braves gens, peut-être pas très forts, mais sincères et dévoués. Vos raisons ne m'avaient pas convaincu. Je craignais, restant seul^ de paraître faire de la politique personnelle, alors qu'on m'accusait de vouloir la dictature. Puis je vous le répète, je n'étais pas ce qu'on appelle un homme politique.

» Il y avait là des hommes qui étaient venus à moi et pour qui j'avais de l'amitié. Je croyais qu'ils voulaient servir leurs idées, ce qui est bien légitime. Maintenant, après avoir pesé le pour et le contre, je comprends bien quil aurait mieux valu ne pas avoir de Comité. Je ne sais pas où nous en serions; mais nous n'en serions pas^ je crois, où nous en sommes. »

Nous étions arrivés. Par extraordinaire, il s'était

assis, au lieu de marcher à travers le salon. I) contiuua :

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