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LA MÈRE ET LE FILS

Ce ne serait pas assez dire que la mère du général

aimait son fils, son Georges; elle Tadoraît, et d'autant plus qu'il restait pour elle, ce fier soldat qui un moment avait fait battre d'espérance le coeur de la France et inquiété l'Europe, l'enfant doux, docile et caressant, passant des heures à tenir ses mains dans les siennes, comme on a représenté saint Augustin et sainte Monique, mais avec plus d'humain enjouement.

Je ne parlerai pas par discrétion des autres personnes, qui se chérissaient mutuellement et qui semblaient lutter entre elles d'affection et de dévouement, si bien que dans ce milieu hospitalier on éprouvait l'impression d'une famille patriarcale d'un autre temps, de ces réformés proscrits qui ont fondé les Etats d'Amérique.

On avait parlé tout d'abord de la traversée ; c'était là toujours pour le général l'occasion de manifester son horreur des voyages en mer, si courts qu'ils fussent, parce qu'il était toujours malade, et malade comme on ne l'est pas, — ce qui ne l'avait pas empêché pourtant de faire de nombreuses et très longues traveesées, pour lesquelles il lui fallait plus de courage que pour aller au combat, puisqu'il ne craignait pas la bataille, et qu'il avait le tourment du mal de mor.

Au dîner, il eut son enjouement grave habituel. En servant le potage, le groom commit une maladresse; le général fronça le sourcil. Madame de Bonnemains» qui s'en était aperçue, excusa le domestique en disant :

— Général, il faut lui pardonner, c'est la première fois qu'il sert.

— Il vaudrait mieux que ce soit la seconSe, répon* dit impassiblement le général.

Là se bornait, dans l'expression, la sévérité de ses réprimandes, qui suffisaient à rendre confus ceux

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auxquels il les adressait, bien plus que n'auraient pu le faire des reproches plus vifs.

Un autre jour, en montant en voiture, il vit une légère avarie ; il interrogea. Le groom s*en excusa en invoquant la participation d*un autre domestique : c( Vous vous mettez à deux pour faire une bôtise », dit le général, toujours du môme ton imperturbable. Et ce lut tout.

Je suppose qu'il était de môme avec ses officiers et ses soldats. Aussi, comme il était obéi et aimél

A table, on causa de la visite des cinq ambassadeurs du Comité, mais comme s'il se fût simplement agi de celle de convives mondains. On plaisanta légèrement les prétentions apoUonesques et don-juanesques de M. Naquet. Jamais un auditeur n'aurait pu deviner, à la légèreté inoffensive des plaisanteries, les sentiments du général, qui ont été exprimés plus haut.

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