LA. GRÈVE DE DEGAZEVILLE
Une grève avait éclaté à Decazeville^ débutant par le meurtre d'un directeur des travaux, M. Wattrin tué par une foule en fureur. Des troupes furent requises par les autorités locales. Leur présence amena une interpellation dans laquelle le ministre de la guerre répondit à l'interpella teur : « En ce moment les soldats partagent leur gamelle avec les mineurs. »
C'était là un langage étrangement nouveau de la part d'un ministre et surtout d'un militaire.
Un jour, à Jersey, les hasards de la conversation nous amenèrent à parler de la grève à propos de la direction et du maniement des hommes.
— Quand on lut au conseil des ministres^ me dit le général Boulanger, la dépêche annonçant la mort de M. Wattrin, je ne pus m'empôcher de dire : Ce Wattrin me paraît avoir eu tort. Cette opinion jeta un froid dans le conseil.
« Les renseignements venus depuis la confirmèrent et me prouvèrent que cet homme était brutal, insolent, se plaisait à malmener et humilier les gens, surtout les femmes de mineurs. D'ailleurs pour que des ouvriers se révoltent et en arrivent à ces extrémités, ajouta-t-il, il faut des raisons ; il faut qu'ils aient été longtemps taquinés et irrités ^vanL d'entrer ,^en
fureur. Le premier devoir d'un homme qui commande à d'autres hommes est de s'en faire aimer et d'avoir assez d'autorité morale pour n'avoir pas besoin de sévérité.
« Dans l'armée j'ai toujours vu qu'un ofïîcier qui punit est un mauvais officier ; et le chef ou le directeur dont on se venge ont toujours tort, puisqu'ils ont donné à ceux qu'ils commandent des motifs de se venger. »
Ces paroles sont presque textuelles et peuvent servir de commentaires à la réponse faite à l'interpellateur, en indiquant les sentiments qui la dictaient.