PACTE CONCLU
Nous marchions à travers la plage. Le général m'avait écouté comme il savait écouter. Quand j'eus achevé, il resta quelques instants silencieux, méditatif. Enfin, gravement, lentement, il répondit :
— Pacte conclu. Ce plan, d'une manière générale, je l'adopte; il n'est rien, à première vue, que je repousse ni que je réserve. Il se divise en plusieurs points qu'il faudra mûrement étudier à part, pour rechercher les moyens pratiques d'exécution. J'y réfléchirai et nous en reparlerons. C'est là l'objectif, Ja
ligne de conduite générale ; comme à la guerre, il y aura des dispositions particulières à prendre pour chaque affaire, et à se servir des circonstances. J'userai de l'influence que je puis avoir encore sur mes amis, sans leur rien dire de nos projets, pour qu'ils règlent leur conduite sur la mienne. Pour qu'il n'y ait ni équivoque ni malentendu entre nous, il faut que nous nous disions tout. Je n'aurai pas de secret pour vous, je vous dirai môme ce qu'on m'aura dit de vous. Aussi, quoi qu'on vous dise que j*aie pu faire ou pu dire, ne le croyez que lorsque je vous l'aurai dit moi-môme. Vous me donnez confiance; la patience, je vous le promets, ne me manquera pas. »
Le pacte était conclu. S'il n'a pu être entièrement exécuté, je dois dire qu'il a été religieusement observé. Les seules divergences qu'il y ait eu entre nous, bien légères du reste, avaient pour cause son extrême bonté, sa crédulité toujours confiante dont ne l'avait pas complètement guéri l'épreuve qu'il venait de subir, son désir de conciliation et sa crainte d'être injuste ou trop sévère dans son appréciation des bom- ' mes, qu'il voulait toujours excuser jusqu'au moment où lui-même était forcé de les qualifier durement.
n avait senti lui-même la nécessité d'un journal ; et, habitué aux comptes fantastiques des directeurs du Comité, sachant ce qu'avait coûté la Presse, il désespérait de pouvoir réunir ou trouver la somme nécessaire. Je lui fis remarquer qu'un grand journal quotidien n'était pas pour le moment nécessaire ni môme utile ; qu'un journal hebdomadaire, qui ne serait qu'une sorte de circulaire s'adressant aux seuls amis, et faisant le moins de bruit possible, n'ayant que des frais très minces, était bien suffisant pour enregistrer, quand il y aurait lieu, ses paroles ou ses actes et indiquer ses opinions.
11 m'invita à lui faire un rapport très détaillé et
trèg précis à cet égard pour le lui donner s'il était possible. le lendemain.
Le lendemain encore, il était dans ma chambre à neuf heures. Il avait réfléchi, médité, examiné le plan exposé la veille, quoiqu'au dîner et après, il ne parût pas avoir la moindre préoccupation, demeurant l'aimable convive et le gai causeur que tant de personnes ont connu. Il n'avait pas d'objection à faire à ces projets ; tout au contraire, il les faisait siens. Il ne cherchait à prévoir les difficultés que pour se rendre compte comment on les pourrait vaincre.