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LES QUÉMANDEURS

Tout le monde à ce moment comprenait la nécessité de pratiquer Tarmistice ; et Ton a vu comment les chefs du Comité, parlantparTorganede MM. Naquet et Mermeix, l'exploitaient, en prêtant au général on ne sait quelles intentions d'obstruction outrancière.

Après la dissolution du Comité, les témoignages épistolaires de dévouement n*en étaient que plus nombreux et plus chaleureux, devant rester ignorés et n'étant pas à ce litre compromettants. Si par un hasard inattendu, le boulangisme reprenait le dessus, on pourrait rappeler cette fidélité secrète, et si l'étoile du général s'éteignait, on pourrait dire comme M. Naquet : « Je ne devais rien à cet homme et ne lui ai rien promis. »

C'est ainsi que, pendant mon séjour, le général reçut ce genre de témoignage des quelques députés et d'un nouveau conseiller municipal, M. Girou, à qui j'ai moi-même porté la réponse.

Mais avec ces attestations venaient aussi les soUi-

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citations d'ua autre genre, dont les gens ne se sont pas lassés, tant la mendicité était une habitude de ce parti» et qui ont persisté jusque dans son deuil. On le savait si bon !

Pour donner un exemple de ces sollicitations, je citerai seulement quelques lettres. A tout seigneur tout honneur.

CHAMBRE

DBS DÉPUTÉS Paris, 13 mai 1890.

Mon cher général,

Je profite du voyage de mon ami Castelin auprès de vous pour vous transmettre l'assurance de mon inaltérable dévouement, et pour vous rappeler que, malgré les promesses qui m'avaient été faites, je n'ai pas encore reçu un centime pour mes frais électoraux, qui ont été considérables.

Je me trouve, par suite, dans une situation excessivement gênée, ce qui m'oblige à vous demander de nouveau de me faire parvenir, si cela vous est possible, une somme quelconque que je vous laisse le soin de fixer.

Veuillez agréer, mon cher général, mes bien cordiales et bien respectueuses salutations.

député de...

D'autres, moins heureux, n'ont pas été élus. Leur échec les a mis en détresse. Us s'adressent au général pour les en tirer. Il y aurait trop de cruauté à exposer leurs misères.

Un autre député, M. B..., ne demande pas pour' lui, mais pour le candidat conseiller qui a échoué. et qui était l'un de ses agents électoraux. C'est d*une bonne âme.

Voici la même chanson sur un autre air :

LIGUE DES PATRIOTES Qui vive? France

Paris, le iO mai i890.

Mon général,

Vous vous rappelez que lorsque la Ligue des patriotes est entrée dans le mouvement révisionniste an mois d*avril 1888, les opportunistes qui en faisaient partie s*en séparèrent en emportant les fonds et en lui laissant un fort passif *.

Malgré bien des difficultés, nous avons réussi à faire face à cette pénible situation, en payant par mensualités les créanciers. La dissolution prononcée par le gouvernement, il y. a un an, nous arrête quelque temps dans notre tâche, la majeure partie de nos ressources nous ayant subitement fait défaut.

Néanmoins, grâce à Déroulède, grâce aussi au concours de généreux donateurs, nous avons pu, depuis, diminuer encore notre dette, et faire patienter jusqu'à ce jour les créanciers de la Ligue.

Aujourd'hui, le passif s'élève à quatorze mille francs; mais ces jours-ci, nous avons pris entre camarades des dispositions, qui doivent en assurer le paiement dans le délai d'un an.

Malheureusement, il s'est trouvé parmi nos créanciers un homme qui a refusé d'attendre davantage. Si bien' que, cette après-midi, Thuissier est venu place de la Bourse, opérer une saisie pour le compte de M. Chamerot, imprimeur, auquel il est dû 2,842 francs.

Cette saisie ne sera exécutée que dans dix jours. Mais, Dèroulède étant parti, nous n'avons dans ce délai aucun moyen de trouver les 2,842 francs nécessaires.

C'est pourquoi nous venons, mon général, vous prier de sortir d'embarras cette vieille Ligue, qui a si longtemps combattu à vos côtés.

i. Le général m*a raconté devant un témoin que 8,000 francs avaient été payés déjà.

Nous ferons face aux autres eagagements. Nous vous demaudons seulement la somme réclamée par M, Ghamerot, et nous sommes sûrs que vous ne voudrez pas laisser finir par une saisie humiliante celte grande association, qui fut et qui reste, pour la grandeur du pays» la Ligue des Patriotes.

Nous demeurons fidèles à notre devise: « Quand même » et nous vous prions d'agréer, mon général, Tassuranoe de notre dévouement le plus respectueux^.

Les administrateurs :

Suivent trois signatures.

Le délégué de la Ligue des Patriotes, député de la Seine :

E. BOUDEAU.

Le motif était certainement légitime. Mais le résultat était toujours le même.

Dans une lettre que le général m'écrivit à mon retour, datée du 25 mai, il me disait : « D... m'a écrit pour me demander des subsides. Je lui ai répondu négativement ». Dans une lettre suivante du 2 juin, il y revient, en disant : « D... ne m'a pas beaucoup trompé, et dès le reçu de sa première dépêche, j'avais flairé une jolie carotte. Aussi, je n'ai pas hésité à lui répondre ainsi que je l'ai fait. Je vois que je ne m'étais pas trompé à son endroit. A moins qu'il ne m'écrive de lui-même pour tenter de m'expliquer ses télégrammes, je le laisserai pour ce qu'il vaut. »

C'est le même, qui, quelque temps après, allait à Londres relancer le général^ qui rendait visite à Henri Rochefort, pour lui demander 4,800 francs pour le sauver de la faillite. Ce ne sont pas les prétextes qui manquaient.

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