‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 94 sur 139 · DIRE LA. VÉRITÉ · texte numérisé non relu

DIRE LA. VÉRITÉ

Le récit de l'entrevue du comte de Paris et du général pouvait, devait môme avoir place dans les Cou* lisses^ pour faire croire à un pacte favorable à la restauration monarchiquQ« L'entrevue de Prangins

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n'avait rien à y voir, puisqu'elle remontait à une époque antérieure à la formation du Comité.

Elle avait pourtant un but : c'était de détacher du général Henri Rochefort, dont on connaissait et voulait exploiter lahaine à l'égard du prince Nçipoléon, pareille à celle que ce dernier nourrissait pour les d'Orléans; et ce n'est pas peu dire. Le coup rata. Henri Rochefort trouva le mot juste pour qualifier cette démarche étourdie et compromettante; et ce fut tout.

Trois personnes connaissaient Tentrevue de Frangins : M. Thiébaud, le négociateur, qui avait accompagné le général; celui-ci; et le prince Napoléon. Le prince n'était pas bavard. Le général, discret par nature, était en celte circonstance tenu à la plus grande discrétion. Qui donc avait pu renseigner l'auteur des Coulisses ?

Dès que le Figaro eut publié le récit de l'entrevue de Frangins, le général reçut ce télégramme :

« Saint-Aubyns A AU 28 90 Jersey. »

« Général Boulanger, Jersey,

« Naquet ayant affirmé que vous connaissiez la publication du Figaro et son auteur, la correction dont je ne me suis jamais départi me fait un devoir de vous demander si j'ai pareille latitude pour répondre. Votre silence vaudra acquiescement.

» Georges Thiébaud.

» 33, quai Voltaire, Faris. »

C'était encore, comme disait M. Naquet, un dilemme. Répondre de dire la vérité, c'était perdre le bénéfice de la dire soi-même. Répondre en invitant à ne la pas dire, c'était se mettre doublement à la merci du correspondant.

Le général répondit :

«fielui qui affirme que je connais la publication du

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Figaro ment sciemment. Je n'en connais que Fauteur, qui s'est bien gardé de me dire quelle était cette publication. Faites ce que vous voudrez. Je ne veux me mêler en rien de cette ordure politique. »

La première pensée du généra), je dois lui rendre cette justice, fut de dire la vérité. En effet, le 27 août, alors que les journaux n'avaient pu lui parvenir, il m'écrit :

« J'ai vu le prince Napoléon une fois, le comte de Paris une fois aussi. Cette dernière entrevue a eu lieu entre le 8 et le 15 septembre dernier, à Londres ; il n'y a été question que de la rentrée en France des exilés; pas d'autre chose ^ C'était là un point de notre programme connu de tout le monde.

» De l'interview de Mermeix avec VFclair, il ressort évidemment pour moi que ces entrevues. Tune avec le prince Napoléon, l'autre avec le comte de Paris, seront divulguées dans un prochain article. Ne vaudrait-il pas mieux les divulguer de suite et en disant ce qui n'est que l'exacte vérité ?.. . »

En m'envoyant les documents qu'on a lus plus haut, il persiste dans cette opinion. Je ne pouvais que l'approuver. Et, avec la fière énergie du soldat qui se retrouve, il terminait :

» Dans tous les cas, maintenant^ plus de doute possible sur la campagne entreprise. Ce sont bien nos ennemis et nos pires ennemis qui la mènent.

» Défendons-nous ! »

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