‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 95 sur 139 · LA VRAIE VERSION · texte numérisé non relu

LA VRAIE VERSION

Puisque j'approuvais l'idée de tout dire pour n'être 1. Ces mots sont soulignés dans le texte.

'256 LE MÉMORtAL t)E âÀlNÎ-BRËLADË

plus en butte à aucune révélation ni à la merci de personne, et estimant que la vérité est encore la meilleure diplomatie, le général m'écrivit, à la date du 3 septembre :

« Quand vous êtes venu me trouver à Jersey, après Téchec des élections municipales, il a été implicitement convenu entre nous que, répudiant Tancienne politique qui ne m'avait rapporté que des mécomptes, je suivrais la nouvelle politique que vous m'indiquiez, et qui devait nous mener au succès. Je ne me suis en aucune façon écarté de l'accord intervenu, vous me rendrez cette justice. Et, n'étaient de bien légères observations, nous avons toujours marché la main dans la main.

» Je vais aujourd'hui pousser encore plus loin le sentiment de confiance absolue qui m'a fait agir jusqu'ici.

» L'entrevue de Prangins m'a été proposée par Thiébaud. J'ai déjeuné et dîné avec le prince. C'était le 2 janvier 1888. Notre conversation a roulé sur l'état des partis en France. Pas une seule fois, la ^ forme républicaine n'a été mise en cause; et ce n'est pas étonnant, puisque j'avais trouvé chez le prince un homme beaucoup plus républicain que la ^ plupart de ceux qui, plus tard, se sont joints à moi.

» Le prince s'est contenté de me dire : « Vous ne » pouvez rien faire maintenant, que vous appartenez » à Tarmée. Mais vous avez une popularité énorme. » Vous êtes une force considérable. Un mouvement » se dessinera forcément quelque jour en votre faveur » dans le pays. Ce jour-là, si vous voulez marcher de » concert, je vous donnerai les troupes qui me sont * » restées fidèles, et nous irons ensemble jusqu'au » moment où il y aura lieu de consulter le peuple pour » la présidence de la République. Les d'Orléans n'ont

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i. C'était là l'illusion du prince Napoléon, qui avec ses facultés, aurait été quelqu'un, s'il s'était appelé d'un nom quelconque, et qui ne fut rien qu'un prétendant déclassé, à cause de son nom môme.

» maintenant aucune chance, il n'y aura sérieusement » en ligne que vous et moi. Je crois que le nom de » Napoléon me vaudra un plus grand nombre de suf- » frages que ceux qui se porteront sur votre nom *. » D'ailleurs, celui qui ne sera pas choisi n*aura qu'à » se soumettre. »

» Nous parlâmes aussi assez longuement de Napoléon I", de ce qui aurait pu arriver s'il fût resté con- ^ sul. Il me fit voir tout son musée de souvenirs, et nous nous quittâmes, je le crois, contents l'un de l'autre.

» Il no fut pas un seul instant question d'argent pour la propagande, pas plus que de ce qui pourrait être fait pour moi, si lui, prince Napoléon, devenait président. Notre entretien se poursuivit avec une grande hauteur, sans que des préoccupations personnelles y prissent place.

» Inutile de vous dire que la situation de la France vis-à-vis de l'Europe fut attentivement étudiée, et que le prince, en me disant ce qu'il pouvait faire auprès de la cour d'Italie, en profita pour me conter sa mission en 1870 auprès de son beau-père, Victor- Emmanuel.

» Le prince ne m'accompagna pas à Culoz ni ailleurs. Il me fit ses adieux chez lui, et l'une de ses voitures nous conduisit, Thiébaud et moi, à la gare f-

la plus proche de Prangins, où nous prîmes le train de Paris. Thiébaud m'accompagnajusqu'à la frontière, à Bellegarde, et retourna à Prangins. Pour moi, j'étais, le lendemain, à Paris.

» N'oubliez pas, mon cher Denis, qu'en racontant cette entrevue, vous donnez à nos ennemis une arme ^ précieuse, car j'étais comtnandant de corps d'armée,

et j'allais à l'étranger trouver un prince proscrit par la République. Pesez donc bien avant d'agir. Je vous le répète, Je me repose entièrement sur vous. »

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