‹ Le mémorial des glacesChapitre 91 sur 157 · NO : ; PA · texte numérisé non relu

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n'eût jamais de goûts frivoles parce que dès qu’elle a pu me comprendre, je lui fis savoir que seul au monde j'avais senti la nécessitée de me sufir à moi-même malgré mes terribles évenements qui ont posés sur ma pauvre vie. Mais, en mème temps en la pressent sur mon sein, je lui dit que Dieu m'avait bien dédommagé en me donnant ma chère Maria, puisqu'elle me comprenait de tout son entendement et chaque jour que j'en remerciai le juste Ciel, puisque Dieu me donnait des consolations à celui qui n’a point mérité le sort douloureux d’être victime par suite de l'infâme conduite des autres. Ainsi, mon cher Jay (4), tu connais maintenant mon cœur et les vœux que je fais pour ton bonheur futur et celui de ma chère enfant; puisse le tems ne point tromper mes espérances, et si Dieu permet mon rétablissement ainsi que mon docteur (2) me le fat espéré, nous pourrons passer ensemble des jours de calmes et prospères en terminant ensemble mes ouvrages que nous renderons dignes de nos contanporins et de l'avenir. Nos deux noms seuls si tu le désir comme moi, resteront inséparablement unis. J'ai déjà £ nouveaux volumes à publier, mes dessins sont terminés, je vais les faire graver et cette nouvelle publication doublera notre revenu. Enfin, mon bon ami, en terminant nous deux le traité des entrées en général et l’entremets de légume, ce qui pourra nous donner encore & volumes. Alors la cuisine française aura acquis le plus grand accroissement que jamais auteur culinaire lui ait donné et notre revenu pourra bien aller à douze mille francs

(1) Comme l’on voit le cœur digne, généreux et bon deCarême, lorsqu'il a dit ce qu'il a de plus sérieux à son ami Jay, son élève, son protégé; il le tutoie lorsqu'il parle de ses œuvres à finir. Pauvre génie, il mourut ane avoir la consolation de voir épouser sa fille, ni celle de continuer ses œuvres. Que de choses n'eût-il pas laissé, si la mort ne l'avait pas enlevé si tôt! Cette lettre est écrite à son lit, qu'il ne quitta que cinq mois et trois jours après pour aller au cimetière Montmartre. Carême est mort le 12 janvier 1833; il avait donc 4$ ans et 5 mois, étant né le 9 juin 1784.

(2) Broussais (François-d.-Victor), célèbre médecin français né à Saint= Malo en 1772, mort à Paris en 1838, ami et admirateur de Carême; il fit des efforts pour le sauver : il avait le côté droit pour ainsi dire brûlé par le charbon et les rûtissoires. P. L.

466 MÉMORIAL HISTORIQUE par an. Tu vois bien mon cher Jay que tu pourrais bien achever mes ouvrages si Dieu me rappelait de ce monde, et ma chère fille et sa famille jouiraient du bien que j’aurais si laborieusement acquit.

Pense bien mon cher Jay que je t'écris du plus profond de mon cœur, que j'ai loujours pensé que tu pouvais, mon ami, être bien heureux par le choix d’une femme élevée de la sainte religion de nos pères. Tu vois mon cher Jay que je répons de cœur à tes dernières lettres. Maintenant, c’est à toi à me faire savoir avec le même abandon le résullat de tes sages réflexions et le tems, ce grand maître de la destinée des hommes, t'apprendra si Caréme fut digne d’être apprécié par les honnêtes gens. Mes amitiés à tous ceux qui t’entourent et que tu estimes, Ma famille se joint à moi. Ton affectionné ami,

Carème, de Paris,

La rue Antoine-Cai'ëme.

L'année dernière, au moment où notre ami, Joseph Favre, rendait visite sur visite à nos édiles parisiens pour obtenir des pouvoirs publics d’avoir une rue portant le nom de notre illustre et vénéré Antoine Carême, il m'’arriva une surprise si agréable et si étonnante que les bras m'en tombèrent. Notre autre vénéré de tout l'art culinaire, Émile Bernard, m'envoyait comme offrande une lettre autographe de Carème., écrite par lui sur son lit de douleur. Je la lus tout seul, irès impressionné; il me semblait lire une letire de mes parents que j'avais tant aimés; je voulus la relire à ma femme, je ne pus l'achever, les larmes partaient malgré moi; l'on voit le bon père qui pense à l’avenir de sa fille et qui se voil mourir sans avoir rien de sùr, cet ancien élève, M. Jay, qu'il avait installé lui-même au Café de France à Rouen et sur qui il fondait tant d'espérances, soit pour être son gendre, soit pour achever ses œuvres avec lui, qui du reste ne furent pas achevées. Carème ayant

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encore huit volumes en perspeclive. — Jay n’épousa pes M'° Carême, et Carême mourait cinq mois après. — M. Plumeray acheva deux volumes complétant les cinq commencés. Titre, La Cuisine au dix-neuvième siècle. Les œuvres de Carême sont classiques. Son premier ouvrage. le Pälissier royal parisien, 1815; le Mattre d'hôtel français, 1822 ; le Pétissier pittoresque, 1828; le Cuisinier parisien, 4826: l'Art de la cuisine au dix-neuvième siècle, 1832 et 33. Carême a beaucoup souffert et n’est pas mort riche; ses dessins, les imprimeurs, lout cela lui coùûtait fort cher, et un beau jour, M"° Carême et sa fille vendirent en un seul lot toutes les œuvres du défunt à MM. Garnier frères, éditeurs, et leur donnèrent tous les droits d'auteur. C’est pour cela que l’on trouve’ toujours les livres de Carême réimprimés chez Garnier frères. Vers 1842, M. Dupare, frère de Duparce le placeur, épousa M'° Maria Carèême et garda la maison de ja rue de la Paix jusqu’en 1866, où il fut exproprié. — Voici le texte. — Contrairement à ce qu'ont annoncé plusieurs de nos confrères, M. Ronceret n’est pas le gendre de Carème. D'après des renseignements arrivés à Joseph Favre (lors de l'inauguration de la rue Carème), qui avait l'intention d'y faire assister sa fille ou petite-fille, il résulte donc que la maison Carême, 25, rue de la Paix, fut expropriée en 1866, et qu'elle était tenue par Dupare, gendre de Carême. M. Duparc, qui tenait à perpétuer lenom, vendit le titre de sa maison à M. Roncerot (voir les Petites Affiches du vendredi 4 janvier 4867, n° 223, page 44, qui tenait une maison de pâtisserie, 9, boulevard Malesherbes). Cette maison portait le nom de son beau-père Marion, établi autrefois rue Royale, 8, près de la Marine (1). M. Ronceret lui ajouta celui de Carême, qui fil Marion-Caréme. (4) Marion était le plus fort pâtissier anglais de Paris, en 4850; il dépassait la maison Michel Colombin de beaucoup. Jamais je n'ai vu autant de Plum-cake que chez lui. Il ne renouvela pas baïl en 1865 et son gendre ouvrit une boutique en face, rue Royale, 15, en 4868; il ne réussit pas, vu la guerre, et en 1872 il en ouvrit une autre boulevard Malesherbes, 9, où

il ne réussit pas davantage. Ces trois maisons sont fermées. P. Lacan. 30,

M. ec M°° Duparc cédèrent en même temps les droils d’auteur et de propriété à un libraire et se relirèrent dans l'Eure-et-Loir. Deux enfants étaient nés de cette union. un garçon et une fille, les seuls descendants directs de l'illustre Carème, dont on ignore la résidence exacte et même leur existence,

Voici, entre autres, les vers qui furent récités le jour de l'inauguration par l’auteur lui-même.

À la mémoire de Marie-Antoine Carême, cuisinierpâtissier français, 1784-1833.

La reine des Cités, Paris,

elle, même aux jours de démence, Nouvelle Athènes, gouffre immense

Aux flots mouvants jamais taris ;

Paris, la ville des merveilles,

Des jours trop courts, des longues voilles, Des gueux, des riches triomphants ;

Paris, l'énorme flot de houle,

Majestueux comme la foule,

Veut fêter un de ses enfants.

Cet enfant, vous le connaissez,

C'est le grand cuisinier Carème ; Il ne compta que sur lui-même, Dédaignant les chemins tracés.

Ainsi qu'un arbre plein de sève,

Quiconque travaille et s Pour mieux servir l'humanité,

Doit, tôt ou tard, bien qu'il succomre, Planer au-dessus de sa tombe, Rayounant d'immortalité !

Nous ne l'avons pas oublié

Ce novateur, ce noble artiste Dont l'œuvre grandiose existe Cet ouvrage étant publié, Ravi de sortir de l’ornière

Ille dédie à Laguipière,

Sou vieux maître, un cœur excelieuk, Victime aussi des plagiaires,

Se disant ses auxiliaires, Comme s'ils avaient du talectf

DE LA PATISSERIR. 455

Au nom d'un passé glorieux, Levez-vous, marchez sur ses traces * Praliciens de toutes races,

L'avenir paraît, radieux 1...

Couseillé par l'expérience,

Que l'Art s'unisse à la Science,

Car Joseph Favre nous le dit,

Et le plus modeste des nôtres,

Trop heureux d'instruire les autres.

Sera doublé d'un érudit!

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