‹ Le mémorial des vicissitudes et des progrès de la langue française en Canada [microforme]Chapitre 3 sur 12 · DNS" OU · texte numérisé non relu

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Ces acceptions, ces tournures, elle les appelle des américanismes, en cite un grand nombre ; puis elle recommande aux éditeurs de journaux et de publications périodiques d’éviter de donner aux mots Ces accepuons, ou d'employer ces tournures, afin de préserver la langue anglaise dans toute sa pureté.

Remarquez que les Américains des Etats- Unis n’ont ;as, du moins dans les mêmes proportions, l’excuse qu’on nous accorde—le concours de deux langues sur un même sol dans les rapports journaliers de commerce ou de fréquentation,

Mais ce qui peut causer surprise, malgré l’excuse allégnée, c’est comment la langue se serait corrompue de prime abord après la conquête : je me flatte presque *d’avoir l’aperception des causes. qui nuisirent si subitement au bon langage de notre population ; ce qu’il y avait de plus éclairé dans le pays, —d’hommes en place, ne quitta-t-il point nos plages avec l’armée de France ?... “ Cet évènement, dit mon père, en parlant du traité de paix. occasionna encore l’émigration de mille à douze cents Français ou Canadiens. Cette diminution dans la population canadienne était d'autant plus à regretter, qu’elle avait heu dans la classe élevée, la seule à peu

* Incertain souvent entre le “ nous ” et le “je,” on t sans doute indiquer d de, Châteaubrian d' dans,

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d’exceptions près, où il y eût des talents développés et des connaissances aéquises; le changement alors opéré pour le vis; sous le rapport des arts et des sciences, se fit sentir longtemps dans le pays ;”” et l’abhé Brasseur de Bourbourg, citant ce passage, prétend qu’il s’y fait sentir encore.

Ce n’est pas tout: depuis 1763, et pendant un certain temps, les Canadiens se virent exclus de toutes les charges publiques et n’eurent pas même d'avocats de leur origine pour plaider leurs différends, eux si enclins à s’intenter des procès mutuellement, parce qu’ils sont, pour la plupart, descendants des Normands, qu’on répute grands chicaniers. Les hommes de loi anglais de bas étage * qui s'étaient abattus sur le pays avec avidité, comme nous l’apprend notre compatriote Ducalvet, ignoraient la langue de ses habitants : les explications qui avaient lien entre ces piètres archipéracites et leurs malheureux clients ne devaient-elles point dégénérer en un jargon étrange, chacun usant pour l'instant des mots, français ou anglais qu’il pouvait sapproprier ?.... Sous l'empire d’un pareil état de choses, quel est le peuple qui aurait mieux sauvegardé sa langue, puisque l’auteur de l’'Histoire du Canada et des Canadiens sous la Domination Anglaise, peut encore écrire sous l’année

* On envoya au pays pour être Procureur-Général, un simple étudiant ou stagiaire !

L'arrivée en Canada de M. Fleury Mesplet, imprimeur français, qui avait exercé son art à Philadelphie, fournit aux - Canadiens l'occasion de faire voir qu’ils n'étaient pas aussi étrangers à la littérature et aux sciences qu’on l’avait eru ou feint de le croire. La proposition qu’il fit de publier “ une feuille hebdomadaire, fut accueillie cordialement, et le premier numéro de la Gazette Littéraire parut le 3 Juin. Plusieurs des essais qui remplirent les colonnes de ce journal font honneur au jugement et au bon goût de leurs auteurs. C'était peut-être plus qu’on aurait dû attendre, quand l’on considère, —pour reproduire les idées de l’éditeur, —‘ que les ports de la Province n'avaient été ouverts jusqu'alors qu’au commerce des choses qui tendent à la satisfaction des sens ; qu’il n’y existait encore ni une bibliothèque publique ni même les débris d’une bibliothèque, qui pût être regardée comme un monument, non d’une science profonde, mais de l'envie et du désir du savoir; que jusqu'alors les Canadiens avaient été obligés de se renfermer dans une sphère si étroite, non faute de volonté d'acquérir des connaissances, mais faute d'occasion ; que sous le règne précédent, ils n’avaient pu être occupés que des troubles qui agitaient leur pays; qu'ils avaient äonc ignoré qu’il est possible d’être grand sans richesses, et que la science peut tenir lieu de biens et d’horneurs ; qu’enfin, sous le présent règne, ils n'avaient pas changé d'objet parce qu'il re leur en avait pas été offert d’autre.”

Les essais dont il est parlé étaient, en partie, ceux des membres d’un cercle littéraire qui s'intitulait l’Académie de Montréal—cercle auquel la première guerre américaine dût nuire probable nent. Quant à la Gazette Littéraire elle-même. elle ne dura pas asséz pour influer d’une manière sensible ni permanente sur le langage de la population : le tyranneau Haldimand mit à la géôle et le rédacteur Jautard èt

* Avec le conuvurs de l'avocat Valentin Jautard.

Pancien employé - typographe de Benjamin Franklin, qui avait voulu le léguer au Canada !

S’il resta un obstacle à la corruption du langage, ce fut bien la prédication; et encore le clergé lui-même ne fut-il pas assez en garde. Déjà cette fameuse Lettre de l’évêque Hubert au Conseil, au sujet d’une université en projet, offre-t-elle des passages qui ne sont rien moins que purs ou qui pêchent contre l’idiome, comme en cette phrase:—“ Il me reste à vous prier, monsieur, de référer cet écrit au comité appointé pour l'établissement en question” La Lettre de l’évêque de Capse, prélat pourtant tout dévoué aux Anglais et ancien habitué du Château St.

Louis, puisque Sir Guy Carleton lui avait confié l'éducation de son fils, est couchée en beaucoup meilleur français ; mais il avait fait ses études en France où il était novice jésuite au moment que l’ordre y fut proscrit ; * et si les Mémoires De Gaspé nous vantent la pureté du langage de

Louis de Salaberry, père du héros de Château-

guay, il avait aussi fait en France la majeure partie de ses études. Aussi ne saurait-on décerner pareil éloge à Cugnet, notre jurisconsulte,

qui fut Greffier du Conseil : voici comment il

tournait dans sa langue les documents publics : En conséquence, Nous déclarons notre vive reconnaissance envers le Ciel qui, après nous avoir séparés de cette union,

* L'évêque de Capse dit de la réponse de son supérieur : ‘‘ Cette lettre est une preuve Pa ra ge nous avons besoin de bons logiciens pour rectifier nos

idées ; de philologues, de grammairiens pour nous fournir des expressions cor-

rectes et 1e style épistolaire.’?

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æôus a laissés aux soins ef à la protection d'u monarque qûi, ayant émployé le succès de ses armes pour étendre sa bienfaisançé et principalement par cette dernière et plus grande des “instances * répétées dé sa munificence par laquelle nous entrons dans une participation généreuse des privikéges des häbitants natifs d'un royaume distingué par sa félicité sous une forme politique des mieux calculées de toutes pour l’augmenter et l’assurer.

Et le célèbre tribun et patriote Dutalvet ne faisait pas mieux, encore qu’on le dit aidé

par l’ex-jésuite Roubaud :

D'après les idées qu'on avait en Angleterre de la France, qu'on se figurait comme un royaume où la volonté du monarque était l’unique loi de l'Etat, et au nom des lois françaises, réinstatées dans la colonie.

Quand, en Canada, on eût ainsi laissé frelater l'essence même de notre langue au contact des conquérants, il paraît qu’on ne regarda plus à aucune pureté de langage. (C’est ce qui se voit assez par une brochure qu'on imprima au sujet des biens des Jésuites. Une lettre du R. P. &: Glapion, Français de naissance, est peutêtre tout ce q1on y trouve en français correct ; on ne conçoit rien de plus barbare, et rien ne sent plus l’étrangeté que le langage que l’on y met dans la bouche de MM. Taschereau et Panet, en leur désaveu des procédés du commissaire, agent de Lord Amherst, Kenelm Chandler : il n’y a pas une phrase correcte ou achevée !

On présentait au Prince William Henry, depuis Guillaume IV, des Adresses couchées en

159 L'abbé Chaboillez, qui écrit correctement, en général, emploie aussi le mot instance ” pour ‘exemple.’

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style encore assez étrange ; ce qui était d'autant moins excusable que le bon Lord Dorchester et, après lui, Sir Frederick Haldimand, répondaient à celles qu’on leur présentait, dans un français très-pur et qui n’eût pas été désavoué à la Cour de Versailles. Il serait plus que fastidieux de colliger ces placets barbarés pour les reproduire ici; mais écoutons au moins la Renommée célébrer l’auguste fils du Roi dans le langage du journalisme de l’époque :

Le temps était tout-à-fait infavorable, à cause de la pluie.

A cette heureuse et mémorable occasion, il a plu à Son Excellence le Gouverneur-Général et Commandant-en-Chef

d’ordonner que les prisonniers civils et militaires alors en prison pour aucun crime...

Le soir, la ville fut splendidement illuminée sur un évènement si heureux.

Si Amable Berthelot devait être plus tard puriste en Canada, son père, appelé Berthelot D’Artigny, et doyen du barreau de Québec, ne le fut guère. En effet, n’ayant pas été heureux dans le collége électoral du comté, il disait dans un protêt :

Je ne puis m'empêcher d'observer sur le silence que la Gazette de Quebec a tenu quant aux circonstances extraordinaires de la Basse-Ville de ce comté de Québec, notamment sur la tournure abstraite et mystérieuse que la Gazette de Québec de jeudi & prise pour ce qui s’est passé à Charle-

“bourg; sans doute que celui qui est auteur de.ce paragraphe est de ceux qui se sont cy-devant. tant fatigués à écrire, imprimer et crier vaguement contre les lois de ce pays, contre la profession honorable d'avocat et qui ont employé des moyens si bas que ceux connus du public, et qu’il n’a trouvé aueun

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