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ct large règle des sages grammairiens d'autrefois, qui reçoit dans la langue et consacre tous les mots généralement en usage à la Cour et à la ville, mieux vaut, sans doute. choisir le mot qui vient du palais, que celui qui nous arrive de Londres, et je laisse déception comme une trace de plus, dans mon style, du péché d' origine, dont je crains bien qu'il ne se lave j jamais. Nos bons écrivains disaient mécompte, et, Aa il s'agissait d'un fait spécial mésaventure.
Désuppointement est, en effet, assez nouveau, et donné comme un anglicisme dans le tome IT de FAurore. Un correspondant dit dans la livraison du 29 novembre 1817 :——‘ Vous m’avez, comme quelques-uns disent 1ci, désappointé...” Un autre:—“ Puisque votre souscripteur ne veut pas que nous le désappointions, noüs ne le désappointerons pas.” et cela pour se gausser à ses dépens. Maïs ce mot si euphonique, au goût des gens, a si bien fait fortune, que celle qu’on a appelée la Muse Française — Delphine Gay ou Mde. de Girardin, le met jusque à trois fois dans une même Lettre de son charmant Courrier de Paris. Et qui, de nos jours, ne répète pas ce mot comme bien gaulois de la meïlleure foi du monde...? disons toutefois que le: mot est naguère anglais, comme cet
aimable écrivain a dit, à sa manière heureuse de s'exprimer, que le sang d’ Alexandre Dumäs est naguère africain *.
Mais, pour en revenir à M. Veuillot, on lit au même écrit— Rome et Lorette, à page 357 :—
+. Le mot désappointement est fréquent encore chez Honoré de Balzac.
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“Si tout ne succède pas dans le cours de la vie au gré de vos projets et de vos vœux.”
Ce n’était sûrement pas la peine de proscrire le mot déception —de l’improuver tout au moins, pour donner droit de bourgeoisie au verbe anglais to sicceed,—avoir du succès, —réussir. Châteaubriand et Lamartine emploient bien le mot aussi, et nous n’ignorons pas qu’on trouve aujourd’hui dans plus d’un dictionnaire le verbe succéder dans la même acception; maïs le mot désappointement a le même honneur; ils ne sont donc ni moins ni plus franéais l’uf que l'autre, et on les aurait reniés il n’y a que qüelques lustres. Au demeurant, succéder; avoir du succès, ne se troüve point daris le Dictionnaire Classique de Bénard, dont on se sert dans nos lycées, et que nous copions à ce mot :
Suecéder v, n. (!. succedere) vénit après, prendre la placé de : la nuit succède au jour ; recueillir l’héritage de ; Les enfants succèdent au père ; occuper le trône après un autre: Numa succéda à Romulus.
Se succédér—venir l'un après l’autre : es jours se succèdent des uns lés œutres.
Suecès ; s. m. (1. successus) réussite, avoir du succès.
On voit dans le premier article que succéder né signifie pas avoir du succès et, dans le troisième; qu’il faut, pour avoir lé verbe, emprünter celui même qué nous venons d’écrire —àvoir du succès.
Lamenter, à l'actif, une lettre répondue*
+ Tu sens bien que la ‘ lettre » que j’ai “ répondue* à mc mêre.— Balzac.
Où —
passent. pour du français aujourd’hui, parceque Châteaubriand et Lamartine—celui-ci marié à une anglaise, et Châteaubriand habitué à Londres, comme émigré d’abord, puis ambassadeur, ont écrit de la sorte. Ce dernier juge élégante la traduction que lui fit M. Frisel d’une lettre de William Cobbett : on lit dans cette traduction :
Mais cette réflexion n’a pas de rapport avec la question devant nous.—Quand ils veulent questionner le droit d’intervention *.
On dit ici, à l'exemple des écrivains français du jour : “ Voici tous les volumes parus jusqu’à ce jour ;” mais ça n’est pas du français correct. Vous me direz: Il est plus court de dire ainsi que “ tous les volumes qui ont paru...” On n’est point si pressé, est-ce que je réponds; et d’ailleurs, ce n’est plus: ma à phrase : être paru fait la vôtre.
Les role an termes propres, les minutes de l’Institut-Canadien,—envoyés à Paris à M. Barthe, sont remplis d’anglicismes: un revanche, M. Jomard, de l’Institut de France, écrivait au même M. Barthe :—“ J'ai l'honneur de vous retourner le journal de Montréal.” Traeduisant une harëngue du célèbre J. Phitpott Curran, on a dit: “ L’Irlande aurait bien béni le prospect...” pour la perspective, et, en Canada, + On traduit encore À 2m mal en Canada : lisez la traduction par mon père, je
l'Essai Couronné de Hogan, et faites-en de pareilles.—Les ee traductions qu’on a faites des romans de Madame Léprohon, née: née: t fort négiigées.
on lit le mot guotation dans un bon Essai sur la constitution ; ou bien, dans une Minerve de 1836, enforcer, traduction servile de to enforce. M. Chevalier qui, depuis qu’il a quitté le Canada, écrit des romans dont le sujet est le plus souvent canadien, parle du monde de la fashion et nous représente armés d’un stick* ou promenant sur le wharf, au lieu de quai—locutions dont nous n’usons sûrement pas, encore bien que le Commandeur Willson, dont le nom est tout anglais, quoique son aïeule fût une Dailleboust de Manteth, ait été surpris usant de la dernière expression. Le mot stewmboat n’inspire aucune répulsion à M. Chevalier : on lit même au dictionnaire de Hocquart :—“ Sean, steamboat ou steamer, s. m. bateau-à-vapeur.” Mais si nous ne disons plus guère ici steamboat, quoiqu’on le dit beaucoup dans mon enfance, nous disons encore moins que nous nous en allons au steam, que M. Hocquart fait synonime de steumer. (Collin de Plancy nous parle du chief-justice anglais Powel, et Bénard donne comme mot français attorney-general, locutions que jamais n’ont éjaculées les avocats canadiens les plus coupables d’anglomanie + Nous ne disons pas davantage, comme M. Chevalier, le ferry, le railway. "Les Français diront plus souvent que nous, budget, meeting, festival, ban knote,
* Il décapitait à coups de stick les fleurs et les arbustes. —Xavier de Montépin. —Les Viveurs de Province.
+ Mais le Courrier des Etats-Unis dit : l’attorney du district.”
paquebot, toast, sport, tuñf, carrick; clown, groom, jockey-club, mackintosh, tilbury, dandyisme, purtner, rubber, stoff, highlife, fashion, sneer, raoust, sandoich, tagg0ÿ, roastbeef, (par corruption rosbif ), pouding, biftealts, sans parler des horseteacks, que le siège de Paris par les Prussiens a mis en réquisition.—1[l y a huit jours, dit Mde. de Girardin, un dé mes amis arrive chez moi en riant comme un fou.—Qu’avez-vous donc ?—Je viens de rencontrer madame de... Que vous a-t-elle dit de si plaisant, voyons?--Elle ina demandé si j'allais ce matin aux sept petites chaises.—Qu’est-ce que cela veut dire? Au steeple-chase.—N’éest-ce pas bien bon que Panglais soit l’écueil de quelques-uns au moins de ces chers Français !.…
Et que dirai-je des Gaulois des Etats-Unis! 2L Le Courrier, parlant du Belge Karl Vogt, se demande sil sera éxtradé; à loccasion de la visite du roitelet d'Haïraï au Sénat, cette feuille nous apprend que Île speaker à ‘introduit le Sénat, salué de la chaîre et speeché-en ces termes... Dans le No. hebdomadaire du 18 septembre 1875, il dit stoper pour arrêter ; dans celui du ler janvier 1876, il est parlé de eitupé. rations eontre Île Syllabus; le journal appèle plus tard M. Geoffrion, mimistre dù Dominion canadien: * .… Pour lui les rues sont des stréets,
eat vrai que son No. du 28 jnin 1879 fait dire de même à M. Faneher de
st aurice : ous voyons les fils de barornets et de lords anglais 86 proômener dans les dominions transatlantiques.”?
comme les places publiques des squares. Au No. du 17 juin on lit: “le bourd des finances,” et dans celui du 15 juillet: “à deux cents yards environ.” Dans la feuille du 6 janvier 1876, il était dit “ quil est probable que la Porte ne pourra accepter la nouvelle délinéation proposée de là Bulgarie”*, Le docteur Zender, qui publie l’Almanach Français des E. U.et du Canada, livret où les mots anglais foisonnent, veut la récognition du principe de la tolérance rehgieuse. Et si nous repassons pour linstant à Paris, le Figaro ayant eu FPhonneur de la visite du Shah de Perse, nous dit qu'après avoir vu fonctionner les presses dans le soubassement, le
souverain à pris un moment de repos dans le hall, mot qui, chez lui, n’est pas même à souligner!
Quant à nous, H. E. Chevalier nous a au moins rendu quelque justice dans une note :
“ Plus logiques que nous, les Canadiens ont traduit les mots anglais au par carré, w4ggon par char, rail par lisse ; ;. ” paroles qui ont d'autant plus d'à-propos, qu'un des plus beaux écrivains de la France, Made. Amable Tastu, se permet de dire f le railway, le square, aussi sans souligner. Il me semble que les Français parlent encore anglais quand ils font mention
* Au No. du 15 février 1879, il est question de Pemploi des troupes dans les # précincts ” d'élection. Celui du 14 juin, à propos de 1 arrivée du couple viceroyal à Québec, mentionne. “les troupes postées sur le wharf!?
+ Dans ‘ Promenade en France.j’
d'éditions illustrées, pour, ornées de gravures ou d’estampes.
Et nous-mêmes... n’allions-nous pas oublier
qu’il s’agit de nous corriger et non pas d’abondér dans la louange des nôtres ! te
On avait déjà adopté, à Québec d’abord, quand nous étions ee” à l'Evêché (1846) les titres que prend le clergé anglican, et cet abus s'est étendu à tout le pays, au risque de ne pas trouver grâce auprès du rédacteur de l Encyclopédie, dans le Fragmeni d'uné Epütre d'un prétendu Français à à un Canadien :
Chez vous, un chapelain, un vicaire, un curé, Par le nom Révérend doit être révéré :
Dans chacun dès journaux qu'il me prend goût de lire, ‘ Je n’aperçois partout que révérend messire.
Vos écrivains. vraiment, sont révérencieux :
Des citoyens, chez eux, sont des religieux Sans égard pour les lois que nous suivons en France : Allez plus loin, messieurs, dites Sa Révérence ;
. Quant au langage, alors, vous seriez en progrès Et pourrez vous vanter de surpasser l’ Anglais, Qui quoique grave et fier, en parlant, vous révère, Remontrant, dissident comme nu Révérend Père ; Qui, peut-être, à la Chine ou dans l'Inde, au besoin Vous irait révérant un bonze, un talapouin. ° Dites-moi, je vous prie, est-ce par révérence Pour la langue d'autrui, qu’en la Nouvelle France, En révérant partout, toujours à tout hazard, On parle à faire rire un Belge, un Savoyard ! ? Vos Févots gazettiers 8 fmaginent peut-être Qu'il faut, pour révérer, pour vénérer un prêtre L’appeler Révérend.—Ce titre à d’autres dû Ne peut être un hommage à son état rendu ;
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Ne lui convient pas plus que révérendissime. - Appelé Réyérénds, un Grand Carme, un Minime, : S'il en est parmi vous : cette appellation Par un prêtre acceptée est une usurpation ; Et quoique puisse dire où journal où gagette, J'estimé qu’én soû cœur chacun d'eux le rejette ; Qu'aucun d'eux ne sourit aù fadé compliment, A lasne ae fhnf enter ax uen longree plaisent our finir sur ce point, en langage ordinaire : C'ést monsieur lé curé, c’ést monsieur le vicaire Qu'il faut, dire, ot qu'on dit, quand on parle français : ‘ Monsierr Têtu, euré de St Roch-des-Aulnets, Par-exemple.,:..65.......…. ut séssssiesse On donne, depuis quelqué temps, le Très- Révérend aux bande Vicaires - puisqu'on veut absolunenit faire des anglicisimes, il faut dire &bien révéténd,” qui est le titre accordé en Angleterre aux dignitaires ecclésiastiques qui ne sont pas évêques. Un archidiacre, chez Îles anglicans ést dit “ vénérable "ce dont nos novateurs he $e Sont pas encore aperçus. | ..—On nous dira, peut-être, reprend M..
Chauveau, qu’il y a certains mots anglais qui, dans l'usage assez général, ont remplacé les mois français; tels sont, par exemple, sideboard, pour buffet, ea-bourd pour plateau, teapot. pour théière ; mais bien que dans ces cas assez nombreux, on puisse MAiter ceux qui se servent des mots anglais de l'accusation d’affectation, nous leur conseillerions fortement de revenir aux équivalents francais; le moindre inconvénient de cet usage bizarré, c'est dé
— He —
perdre graduellement notre langue et d’en venir à parler bientôt, comme le font déjà certaines personnes, un langage hybride qui n’est d'aucun pays, d'aucune nation.” |
Cela est bien vrai,--si vrai que nous ne voudrions pas, ävec M. Chauveau, absoudre d’affectation, où de laccusation de tomber dans ce défaut des petits esprits, celui qui aimerait mieux dire tea-pot que théière, side-board que buffet, ou tea-board que plateau *. On a entendu à l’Institut-Canadien-Français un Président de la St. Jean-Baptiste, marchand de son état, adresser un illustre assemblage. (Croyez-vous que cette manière de parler inspire de l’estime pour vous aux Anglais? Lord Paulet qui allait fréquemment dans deux maisons canadiennes, était le premier à se moquer du français qu'on parlait dans ces familles-là. Le langage le plus correct est toujours celui qui dénote une meilleure éducation, dit encore M. Chauveau. Cette idée semblerait devoir être très-juste, et pourtant on a connu des personnes vre:, ‘ent instruites parlant fort négligemment 1: Jangue, et d’autres qui l’étaient beaucoup moins ou même. peu douées de talents, la parlant on ne peut mieux; il'en était ainsi d’un monsieur Herse qui achevait ses études comme nous commencions les nôtres. On n’a entendu aucun prêtre français parler un langage plus correct que l’abbé Toupin
* “Cabaret,” en langage vernaculaire: