‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 10 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rifiés ne parlaient que de soumission, s'appelait Jacques Naudié. Pendant le siège qui suivit, un autre Naudié reçut un commandement important, car on peut lire au quarante-neuvième folio de là Chronique rimée de V Affliction de Monlatiban :

... 3Iais pour le bien public de toutes ces dizaines, Comme il fut advisé on a fait trois enseignes : L'une fut à Moncau, Fautre se gouvernoit Par Antoine de Jan, Naudié Tautre tenoit.

Un Naudié — peut-être le même — était consuI,lorsqueen1593 il fallut répondre du meurtre des capitaines royaux retenus prisonniers par les bourgeois, indemniser leurs veuves, payer une forte amende. Un autre, qui prit part au siège de 4621, épousa ensuite Marthe Carnus, une héroïne de vingt-deux ans, qui encloua, sous Tœil de Louis XHI, un des canons du connétable de Luynes. Après la soumission de la ville et la défaite finale du parti protestant, les Naudié partagèrent le sort de leurs coreligionnaires, poursuivis et fidèles, avec des alternatives de vaillance et d'abattement. Leur registre de famille raconte un épisode bien caractéristique de ces lugubres années : en 1775, Jean Naudié logeait à discrétion quatre dragons. Ne pouvant plus satisfaire à leurs exigences, il alla demander grâce à l'intendant du roi.

— A une condition, répondit ce magistrat : vous

promettrez de vivre et de mourir dans la foi catholique.

— Je ne saurais, dit Jean Naudié.

— Pourquoi donc, puisque le roi l'ordonne?

— Si le sultan mettait chez moi vingt janissaires, monseigneur, je serais donc forcé de me faire Turc?

Au milieu du dix-huitième siècle, un Naudié fut .« pasteur du désert d — comme on appelait alors ces malheureux qui erraient dans un monde pour eux sans asile, célébrant leur culte dans des cavernes ou dans des forêts, devant des fidèles traqués comme des bêtes dangereuses. Vers la même époque, une branche de la famille — la seule qui devait subsister — renonçant à ses traditions combatives, fit fortune dans la teinturerie, et se relâcha dans le bien-être : un de ces ancêtres regrette, dans son testament, d'être « tombé en cette lâcheté, comme les autres, d'avoir embrassé ou feint d'embrasser les cérémonies du culte catholique ». Trois générations plus tard, la ruine de l'industrie montalbanaise arrêta leur prospérité, en sorte qu'Abraham Naudié, dont l'enfance avait connu l'opulence, n'eut pour vivre que son modeste traitement de professeur à la Faculté de théologie, des rentes insignifiantes et sa maison de Villebourbon : une vieille maison donnant sur les quais du Tarn, largement construite sur les caves à arceaux où travaillaient autrefois les teinturiers disparus. Dans cette antique demeure aux vastes pièces

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