‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 101 sur 126 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Il regardait Angélique, qui se lut ; et, devinant le reproche qu'exprimait ce silence, il murmura :

— Ah! ma pauvre sœur, si tu savais 1...

Doucement prête à la compassion, Angélique demanda :

— Tu as aussi des malades, chez toi ?...

— Non. Tout le monde se porte bien. Mais...

Il s'arrêta : ce n'était pas l'heure de parler de ses misères. Il dit :

— Je t'expliquerai tout, plus tard.

Des heures se passèrent, lentes, presque muettes. De temps en temps, entre ces frères et sœurs que la vie avait séparés comme le vent disperse les graines tombées d'un même épi, l'intimité d'autrefois semblait renaître : un souvenir, évoqué par l'un d'eux, la ramenait ; mais, bien vite, ils découvraient qu'ils ne savaient presque plus rien les uns des autres, et s'empressaient de s'interroger sur leurs enfants, sur leurs affaires, sur leurs intérêts. Louise parla de ses cinq filles, dont une infirme : son œil éteint se ranimait pendant qu'elle vantait la douceur et l'intelligence du pauvre être incomplet en qui s'atsorbait le meilleur de sa tendresse. Siméon dut parler de sa jeune femme, que Guillaume déclarait « charmante » et regrettait de n'avoir pas vue depuis assez longtemps. Quant à Paul, il raconta des épisodes de son apostolat : réunions troublées, intervention de l'autorité, conversions miraculeuses. Son comité parlait de le déplacer, à cause des scandales exces-

sifs que provoquait son zèle; en sorte qu'il était rempli d'amertume :

— Christ a dit: « J'apporte la guerre, et non la paix. » Mais ses serviteurs sont des lâches: les meilleurs ne pensent qu'au petit train régulier de leur vie, et sont incapables de se passionner pour sa cause.

-- Cela prouve, dit Guillaume, qu'on a fait quelques progrès en tolérance.

I\iul répliqua sèchement :

— Notre père disait souvent que la tolérance est une vertu tiède.

— Il la pratiquait avec chaleur, riposta Guillaume. Toute sa vie n'est-elle pas un hommage à cette belle vertu? Son intelligence n'a rien ignoré; il a fait le tour de tous les systèmes, il a sondé toutes les doctrines : la foi qu'il a conservée, par un effort de sa volonté, était large, indulgente et modeste. J'ai tout à l'heure ouvert un de ses livres; voici ce que j'y ai lu.

Guillaume prit sur la cheminée un volume à couverture jaune, et il lut avec lenteur et respect:

(( Si notre foi n'est plus celle qui transporte les montagnes, si nous sommes attirés vers Dieu sans le (Iistingu(M* avec certitude, si notre croyance est faible, et s'il ne subsiste en nous que le sentiment du devoir, sachons du moins garder le peu que nous possédons. C'est encore une l)ase à l'effort : effort de la pensée vers la vérilc, effort de l'action vers le mieux, n'est-ce

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