‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 105 sur 126 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

raison et de volonté. Mais son second fils n'élaît décidément pas de son espèce : il fallait se garder de le retenir, sous peine de quelque rechute.

— Pars! lui dit-il, puisque tu crois bon de partir.

Comme Henri le remerciait, il l'interrompit d'un geste sec en ajoutant, sévère, un peu méprisant :

— Je te dirai mon opinion. Sans doute, il vaudrait mieux que ce voyage ne fût pas nécessaire : cela serait plus raisonnable, plus conforme à nos habitudes de famille. Chez nous, mon cher, il n'y a jamais eu de roman : nous prenons la vie au sérieux, nous en acceptons les conditions normales, nous nous conformons à ces lois sans même penser qu'on en peut être gêné. Mais tu ne nous ressembles pas, j'ai bien dû le reconnaître; et je m'estime heureux que, dans ta faiblesse, tu aies conservé le sens du devoir. On dit qu'il y a des cas où l'héroïsme est de s'enfuir. Sois donc un héros à ta manière, mon garçon !

Henri ne releva point ce qu'il y avait d'humiliant dans ces paroles, où s'affirmait si bien l'âme épaisse, solide et comme imperméable de son père.

— Eh bien! dit-il, arrangeons ce voyage, puisque vous y consentez. Et d'abord, ce soir, à dîner..., ce soir seulement, n'est-ce pas?... devant ma mère et David, vous me demanderez — vous m'ordonnerez, de partir. Voulez-vous?

M. Defos acquiesça encore ; puis il se mit à expli-

quer à son fiîs, avec une tranquille minutie, Taffaire compliquée qui justifierait la brusquerie du départ décidé.

Henri ne revit pas Jane, qui cependant passa un long moment chez sa tante, dans l'après-midi, inquiète, prévoyant bien la forte impression que la scène de la veille avait laissée à son ami. Et le soir, au repas de famille, la petite comédie arrangée entre le père et le fils se joua fort convenablement. Ils en étaient honteux l'un et l'autre, leur loyauté s'accommodant mal de la feintise qu'elle comportait. Mais, quand on a donné, si peu que ce soit, prise au mal, il faut parfois, pour l'éviter même, pactiser avec lui : c'est ainsi que, pour avoir frôlé le mensonge, Henri se voyait forcé de mentir.

M. Defos, comme d'usage, récita la bénédiction; puis tout de suite, maladroitement, dans la hâte d'en finir :

— A propos, Henri, j'ai quelque chose à te proposer. Que dirais-tu d'un voyage... d'un long voyage pour le compte de la maison?

Le rouge au front, le jeune homme répondit :

— A vos ordres, mon père.

M"' Dcfos tendait l'oreille.

— A la bonne heure ! Tu sais, il s'agirait de te décider vile.

— Cela veut dire?

— Eh bien! demain, par exemple..., demain malin plutôt que demain soir.

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