QUATRIÈME PARTIE
M"* Defos, Stupéfaite, protesta : la santé de son fils exigeait encore des ménag^emenls. Henri Tinterrompit avec trop de vivacité :
— Oh! ma santé, maman, n'en parlons plus ! Je me porte à merveille.
— ... Mais les préparatifs? On ne part pas pour un long voyage avec sa canne et son pardessus. 11 faut des effets, des malles.
— Une valise! dit Henri, une simple valise! En route, on achète le nécessaire.
— Cela m'est arrivé plus d'une fois, dit David.
— Tu partirais ainsi, tout à coup, sans prendre congé de personne..., comme si tu t'enfuyais!
— Quelle idée ! s'écria M. Defos. Il partirait comme un homme que les affaires obligent à partir, voilà tout ! Ne l'avons-nous pas fait souvent, David et moi?
— Vous me préparerez ce que vous pourrez, bonne mère, dit Henri. Et puis, je vous embrasserai. Puisque j'entre dans les affaires, il faut que j'en prenne les habitudes, n'est-ce pas?
— C'est bien, dit-elle. Je ferai de mon mieux.
Ses traits, un instant expressifs, redevinrent immobiles, son regard redevint placide et terne. Mais, derrière ce front étroit, un lent travail commençait. Ce départ inattendu, c'était tout un calcul à refaire, avec une nouvelle « inconnue » ; c'étaient d'autres plans à former pour atteindre au but à peine avoué
jusqu'alors : rendre au fils aimé celle qui lui appartenait.
M. Defos, cependant, reprenait :
— Pour moi, je ne suis allé qu'une seule fois en Norvège. J'ai trouvé le voyage intéressant, instructif. J'espère qu'il te profitera.
Et il se mit à disserter sur les pays du Nord.
Avec la lente minutie des ménagères,. M"' Defos, durant toute la soirée, alla de ses armoires aux deux malles qu'elle emplissait. On eût pu la croire entière à cette paisible besogne, tant elle y mettait de conscience attentive; mais son esprit marchait toujours. Vers les minuit, les deux malles étant pleines, elle monta dans la chambre de Henri, pour lui souhaiter le dernier bonsoir. Elle le trouva devant son secrétaire, écrivant. Il se leva pour l'accueillir, la fit asseoir en lui prenant les deux mains :
— Pauvre mère, vous avez veillé pour moi, vous devez être bien fatiguée!
Elle regarda la lettre commencée, puis son fils. A la muelte interrogation de ce regard, il répondit :
— Oui, mère, j'écrivais... J'écrivais à Jane... Vous lui donnerez la lettre vous-même, demain... Que ce soit par vous qu'elle apprenne mon dépari, n'est-ce i>as? car je ne le lui ai pas annoncé.
11 parlait avec ce calme qu'ont les âmes fortes dans Texécution d'un dessein résolu, quelque prix qu'ait coûté la resolution.