QUATRIÈME PARTIE
Elle venait de trouver les paroles justes, allendues, celles qui pouvaient pousaer à ses fins inavouées. Jane, très sombre, retira sa main.
— Parti ! dit-elle... Ainsi !... C'est lâche !
— Ne dites pas cela ! Si vous l'aviez vu cette nuit, vous ne diriez pas cela ! Je l'ai vu, moi. J'ai vu ses yeux pleins de larmes. J'ai vu son désespoir. J'ai vu son énergie. Il n'est pas parti par lâcheté, je vous en réponds : il est parti par devoir.
Ce mot éveillait peu d'écho dans l'âme fantaisiste de la jeune femme.
— Le devoir! fit-elle. Toujours le devoir! Vous en avez la bouche pleine, vous autres! Vous croyez avoir tout dit quand vous l'avez invoqué. On croirait, à vous entendre, que le devoir est la raison suprême. . . Et pourtant...
Sa voix s'assourdit et vibra :
— Le devoir ! Est-ce qu'on y pense, quand on aime?
— Henri est de ceux qui ne Toublient jamais.
— ... Parce qu'ils ne savent pas aimer.
— Ou parce qu'ils aiment trop.
M"' Defos feignit de se reprendre :
— Est-.ce bien moi qui vous dis de telles choses! Mon devoir — le mot revint par habitude — mon devoir ne serait-il pas de vous taire ce que je sais, d'aider à l'œuvre d'oubli? Je ne puis. Comment vivre sans lui, depuis que j'ai failli le perdre, depuis que j^espère le garder auprès de moi? Et puis, je
n'ai jamais pu penser qu'à son bonheur. Pour qu'il fût heureux, voyez-vous, je renverserais le monde. Mais comment voulez-vous qu'il le soit dans le mal? Vous ne connaissez pas mon fils ! Son cœur peut parler : il saura toujours lui imposer silence. Mon fils ne pourra, ne voudra jamais aimer que sa femme, Jane 1 Hélas ! et vous ne pouvez pas l'être !
Jane, pensive, plissait son front, la réflexion tendue, l'imagination lassée.
— Et je ne puis pas l'être ! répéta-t-elle après un silence.
Elle réfléchit encore, et reprit :
— Je n'ai pas vingt-cinq ans. Je suis au commencement de la vie. Faudra-t-il donc que je porte jusqu'au bout le poids de mon erreur ? Car je me suis trompée, n'est-ce pas ? Là est le mal — le vrai mal, celui qui ne vient ni de Dieu ni du diable, mais de mon inexpérience, de ma jeunesse, d'une impression fausse, d'un rêve imbécile! Parce que je me suis trompée une fois, parce que mon imagination de jeune fille est partie sur une fausse piste, et qu'on l'a laissée courir..,
jjrne j)gfQg intcrromplt :
— Oh ! je vous avais avertie !
— Avertie ou non, qu'importe ! Je me suis trompée, voilà le fait. Pour cela, il me faudra traîner à ma remorque cet homme et sa famille, qui me rendent malheureuse et que je ne rends pas heureux. Et