QUATRIÈME PARTIE
à ceux de la sienne; sorti du cercle ardent où l'avait un instant poussé un entraînement qu'il ne comprenait plus, il ne demandait qu'à croire qu'elle en était sortie avec lui. Le silence, pensait-il, l'absence de Henri, le calme des habitudes, achèveraient bientôt de dissiper les mauvais nuages. Même, il rêvait un retour, dans le pardon, de raffection tranquille dont son cœur était encore capable : dans le foyer sauvé du péril, une douce flamme paisible peut encore briller. Dans cet esprit, comme si l'ombre bienfaisante du grand homme si saintement épris des joies familiales l'eût protégé, M. Naudié passa quelques bonnes soirées. Une paix complète régnait dans la pièce où veillaient les siens, sous sa garde. Zélie couchée, Esther et Berthe travaillaient à quelque ouvrage de main, toutes deux silencieuses, l'une maussade et roulant sous son front plissé des idées qu'il valait mieux ignorer, l'autre sereine et douce. Abraham rêvait sur un de ces livres de voyage qu'il relisait sans cesse, et finissait par dire, en fermant le volume :
— C'est là que je voudrais aller.
Phrase qui lui valait cette réponse :
— On reste où l'on est né ; on obéit à son père.
Enfin, Jane elle-même, soit qu'elle lût, ou travaillât, ou rêvât en tendant ses petits pieds au feu de la cheminée, semblait très calme sous les bandeaux de ses cheveux noirs, avec son front d'enfant et son regard de vierge. M. Naudié revenait sans
cesse sur le détail des journées de Montauban : la maladie, les obsèques, les discours, et racontait, Tun après l'autre, tous les arraHgements de famille.
— Nous avons abandonné à Angélique, disait-il par exemple, les chétives rentes que laisse notre père, et les droits d'auteur sur ses ouvrages.
Il regardait Jane, en ajoutant :
— Je pense que nous sommes d'accord?
Jane inclinait la tête, indifférente. Il expliquait :
— Paul seul a réclamé sa part. Non pas pour lui, mais pour son Œuvre. Il trouve que Dieu a plus besoin que ma pauvre sœur de ces quelques sous.. .
A ces mots, Estlier posa son ouvrage. '
— Pauvre tante Angélique! fit-elle.
Ce fut le moment que M. Naudié choisit pour annoncer l'arrivée prochaine de sa sœur :
— Tu as entendu qu'elle nous a promis de venir ici. J'espère bien qu'elle tiendra parole.
Jane devint attentive.
— Elle viendra vraiment? demanda-t-elle.
— Sans doute.
— Bientôt ?
— Dès qu'elle pourra.
— Ah!...
Evidemment, Jane approuvait; et M. Naudié se disait, en l'observant, en croyant la deviner : a Comme tout* devient focile, quand la passion n'est plus en jeu ! Comme il suffit quelquefois