‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 114 sur 126 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

d'un signe de Dieu, d*un rappel au devoir, pour nous remettre dans le droit chemin !... »

Ce fut donc presque gaiement qu'il annonça un matin à sa femme l'arrivée certaine d'Angélique.

— Ce sera pour mardi de la semaine prochaine, dit-il en lui tendant la lettre qu*il venait de recevoir. Elle écrit: « mardi». Mais, avec elle, on peut s'attendre à un retard : elle a si peu l'habitude de voyager !

— Enfin, dit Jane, si ce n'est pas mardi, ce sera mercredi ou jeudi. Elle pourra rester quelque temps ici, j'espère.

— J'y compte bien.

— Tant mieux, mon ami ! J'attendais la certitude de son arrivée pour vous communiquer une décision que j'ai prise, il y a quelque temps déjà. J'en ai retardé l'exécution, à cause de votre deuil. Puisque votre sœur arrive, je ne vois pas pourquoi j'attendrais davantage.

Elle parlait simplement, d'un ton posé, réfléchi, en personne qui sait bien ce qu'elle dit, ce qu'elle fait.

— Une décision?... demanda M. Naudié.

Les yeux dans ses yeux, Jane répondit :

— Oui, mon ami, celle de quitter cette maison. Sous la rudesse du coup, M. Naudié, stupéfait,

ne put d'abord que balbutier :

— Ai-je bien entendu?... Vous ai-je comprise?...

— Je le pense, car cela est très clair. Je veux partir. Je veux ma liberté... Nous ne nous sommes jamais entendus, mon ami. Nous ne nous entendrons jamais. Eh bien! séparons-nous sans colère. C'est moi qui vous ai recherché, je le reconnais. Je me suis trompée. Je ne vous ai point apporté de bonheur, ni à vous, ni aux vôtres. Vous ne m'en avez point donné. Pourquoi persévérer dans notre erreur?

A peine si sa voix s'élevait. Son apparente tranquillité donnait un sens étrange à ses paroles : elle maniait ces choses graves comme un enfant des symboles sacrés qui pour lui ne sont que des jouets.

— Mais, s'écria M. Naudié, vous oubliez donc que nous sommes mariés?

— Je ne l'oublie pas. Seulement, je sais que le mariage n*est pas indissoluble.

— Il l'est pour ceux qui le regardent comme un sacrement.

— Je ne suis pas de ceux-là.

— Mais moi !

— Vous non plus : votre Église admet le divorce.

— Elle le subit, c'est vrai, sans cesser d'en déplorer le scandale. Mais moi, qui suis un ministre de Dieu, puis-jc consentir à en donner le désolant spectacle?... Puis-je consentir... ainsi... à vous perdre... au moment où je croyais vous avoir retrouvée?... Vous ne comprenez donc pas que je

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