QUATRIÈME PARTIE
tiens à vous garder près de moi ? Vous ne comprenez pas que, si vous avez blessé et piétiné mon amour, il en survit assez pour que je veuille encore, à tout prix, vous sauver de vous-même?,.. Et puis... Et puis... nous sommes engagés pour la vie... Votre place est ici, marquée pour toujours... Ici, faites un signe, et vous aurez toutes les tendresses... Ici, vous avez des devoirs de quoi remplir, de quoi embellir une existence... Ah ! malheureuse, quand vous parlez tranquillement d'abandonner la maison où vous êtes entrée, vous n*entendez pas dans votre mémoire les admirables paroles de la liturgie qui nous a unis ! Vous oubliez la promesse solennelle que vous avez faite au pied de la chaire, de...
Jane, qui n'écoutait pas sans impatience, interrompit:
— C'est un sermon?
— Non, s'écria M. Naudié, c'est une prière ! C'est la prière d'un désespéré, qui s'adresse à votre raison, à votre cœur, «^ votre conscience...
— Abrégez-la : je la trouve un peu longue.
M. Naudié avait jusqu'alors parlé en suppliant. Comme cinglé par cette cruelle parole, il redressa sa haute taille trop souvent courbée, sa belle tête au front puissant qui reprit un air de fierté.
— Ah ! prenez garde ! s'écria-t-il. Si vous ne ni'écoulez pas quand je.prie, je changerai de ton ! Seriez-vous indigne du langage que je vous ai tenu? N'y aurait-il en vous aucune bonté, aucun esprit de
dévouement, aucun sens moral? Alors je vous rappellerai que j'ai aussi mon mot à dire dans la question ! Une femme ne peut pas quitter sa maison au moindre caprice. Et, je vous le déclare, je ne vous rendrai pas votre liberté.
— Cependant, si je la réclame, comment me retiendrez-vous ?
— Par les moyens légaux.
— Vous m'enverrez chercher par les gendarmes?
— Je vous empêcherai de partir.
— Un séquestre !... Je crois que cela s'appelle ainsi... Mon cher, vous y réfléchirez. Mais écoutez ce que je veux encore vous dire. Je suis résolue à recouvrer ma liberté : je la recouvrerai par tous les moyens possibles, légaux ou non...
Elle se tut un instant, pour mieux préparer son effet, et accentua durement toutes ses paroles :
— D'ailleurs, je m'attendais à votre résistance. Elle est naturelle, non parce que vous m^aimez — je sais à quoi m'en tenir là-dessus — ni parce que vous êtes, comme vous dites, un ministre du Seii»neur ; mais parce que vous êtes pauvre et que je suis riche...
— Jane ! cria M. Naudié.
— ... Moi partie, n'est-ce pas la misère, pour vous et pour vos enfants ? Ce n'est pas moi que vous voulez garder, c'est mon bien. Soyez tranquille, je...
Elle s'arrêta, car il marchait sur elle, le poing