QUATRIÈME PARTIE
habilement sur de menus faits qui, comme tous les mensonges et les calomnies qui peuvent nuire, comprenaient une parcelle de vérité. Que peut faire une jeune femme aux prises avec l'abominable caractère d'une fille comme Berthe ? avec la mauvaise nature d'un garçon comme Abraham, chassé deux fois du lycée, où on ne l'avait repris que par égard pour son père ? Si, du moins, pour Taccomplissement de cette lourde tâche, elle eût trouvé un appui en son mari ! Mais chacun connaissait la faiblesse du pasteur, homme d'ailleurs égoïste et sans cœur, qui venaii de laisser agoniser son père sans courir à son chevet. N'avait-il pas aussi donné la mesure de son inconscience, en abusant de l'erreur romanesque d'une jeiine fille pour conquérir une fortune, sans songer ni à son âge, ni à sa profession, ni à ses devoirs ? Il fallait la voir, quand elle parlait ainsi, lever ses petits yeux vers le ciel qu'elle implorait en témoignage de sa sincérité ! Il fallait l'enteodre soupirer avec componction :
— ... Pourtant, je l'avais avertie, la chère enfant! Tout ce qui est arrivé,' chère madame, je le lui ai prédit! Elle me l'a rappelé plus d'une fois, . quand elle a reconnu son erreur. Que vouliez-vous qu'elle fît? Fallait-il donc qu'elle souffrît toute sa vie? C'est moi-même qui lui ai conseillé de prendre un parti énergique — et l'on sait si je suis pour la paix et l'union des familles!
Couverte par une telle autorité, Jane apparaissait '
comme une saiote, un peu martyre : si jeune, si belle, si riclie, et frappée d'un de ces malheurs qui pèsent sur une existence entière I
— Heureusement, disait M. Lanthelme, qu'elle a le temps de recommencer.
Au premier moment, on n'avait songé qu'au côté romanesque ou scandaleux de l'affaire ; bientôt, avec la même compétence, on se mit à discuter la question d'intérêts. La fortune, où donc irait-elle? ^I. Naudié redeviendrait-il simplement le pauvre pasteur d'avant son mariage? trouverait-il un moyen honnête de garder un peu de cet or qui lui coûtait si cher?
— Elle est absolument maîtresse de la situation, proclamait M' Merlin, qui connaissait le contrat, l'avant établi avec M. Defos.
Quelque bonne âme suggérait :
— Elle ne voudra pourtant pas qu'il retombe dans la misère?
— Les femmes n'ont aucune pitié pour l'homme qu'elles n'aiment plus, disait M. Lanthelme.
Un autre reprenait :
— Cependant, si l'on plaide, elle sera condamnée à lui faire une pension.
— Pourquoi? // n'a pas d'enfant d'elle.
— Par respect humain, par dignité.
— D'ailleurs, comment pourrait-i7 recommencer il vivre comme autrefois? Quand on a perdu l'habitude de la pauvreté, il est trop dur de la reprendre.