‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 118 sur 126 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Pendant que les indifférents s'agitaient et bourdonnaient ainsi, M. Naudié s'enfermait chez lui pour souffrir. Sa colère, excitée par l'injure de Jane, était bientôt tombée : il ne pensait plus qu'à sa peine — et à l'invisible élau qui se serrait sur lui. La joie à peine contenue de ses plus jeunes enfants, délivrés de l'ennemie, le poursuivait comme un refrain moqueur, et les consolations d'Angélique et d'Ésther avaient peu de prise sur son désarroi. Qu'eussent-elles pu dire? Avec sa précoce expérience, Esther se montrait simplement affectueuse, autant du moins que le lui permettaient ses habitudes d'extrême réserve. Plus ignorante, plus naïve, plus candide, Angélique parlait davantage, croyant trouver les paroles qu'il faut, et se trompait souvent.

— Elle était indigne ! disait-elle par exemple, en se violentant pour prononcer un si dur jugement.

M. Naudié répondait :

— Elle était ma femme !

Et il pensait :

« Et je l'ai tant aimée, et peut-être que je l'aime encore! »

— Tu as pour toi le bon droit tout entier, reprenait la sœur, la justice, ta conscience.

Il répliquait tristement :

— J'aurai contre moi l'opinion.

Angélique n'en voulait rien croire; mais M. Naudié savait à quoi s'en tenir, et c'était un aiguillon

de plus dans sa plaie, cet effroi d'être méconnu, calomnié, « traîné dans la bouc » par ceux-là mêmes qui avaient le droit de contrôler sa vie, et qui, sans comprendre, sans savoir, jugeaient, raillaient, condamnaient.

— Nous ne pouvons pas rester ici, disait-il. Que faire? Il faudra partir, chercher un autre poste. Et partout, cela me suivra ! Il me semble que je les entends, ces nouveaux paroissiens qu'on me confiera, dans l'Est ou dans le Nord : « Le pasteur Naudié, le fils d'Abraham Naudié.' On nous l'envoie parce qu'il n'a pas pu rester à La Rochelle..., à cause de sa vie de famille... » Oh ! mon Dieu !

Ce fut dans ces dispositions que le malheureux prit rendez-vous avec M. Defos, pour s'entendre, selon l'ingénieux euphémisme du conseiller général, « sur les questions pendantes ». En vaincu, conservant pourtant encore un vague espoir de réconciliation, M. Naudié se rendit, à l'heure fixée, aux bureaux de M. Defos, devant lequel il apparut plus ému qu'un accusé devant un juge.

M. Defos le jaugea d'un coup d'œil ; et il débuta, très solennel, carré dans son fauteuil mobile :

— Ce sont des circonstances bien douloureuses, monsieur le pasteur, qui nous remettent en présence.

M. Naudié, la tète basse, acquiesça :

— Dicn douloureuses, en eilet, monsieur.

M. Defos le fit attendre un instant, toussa et dit :

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