QUATRIÈME PARTIE 28o
— Il s'agit pour moi — c'est le rôle que les circonstances m'imposent — de chercher la meilleure solution possible à votre difficile situation. Il y a un point sur lequel je suis sûr que nous serons d'accord, vous et moi : le dernier intérêt commun qui nous reste, c*est d'éviter autant que possible le scandale. N'est-ce pas?
Le pasteur ne répondit pas tout de suite : peutêtre espérait-il d'autres ouvertures, car le scandale, hélas ! était bien là. Il réfléchit un moment, réunit ses forces, et osa dire ce qu'il avait secrètement espéré que dirait M. Defos :
— Oui, sans doute, monsieur... Mais noire véritable intérêt à tous, qui est aussi celui du bien, celui de l'exemple — ne serait-ce pas... une réconciliation?... Pourquoi ma femme m'a-t-elle quitté, monsieur, je me le demande encore. Elle m'a parlé, c'est vrai, d'une mésentente générale, d'une incompatibilité de goûts et d'idées. Je reconnais que cela est fondé, et vous savez vous-même ce qui subsiste de la piété qui l'avait amenée à moi... Ces motifs suffisent-ils pour justifier la grave, la terrible résolution qu'elle a prise?... Est-ce qu'on ne pourrait pas en pallier l'importance avec un peu de bonne volonté réciproque, avec un peu de patience? A Theure actuelle, je ne puis croire encore qu'elle soit partie irrévocablement! Cependant elle m'a quitté en m'adressant la plus cruelle des injures... Je suis prêt *à lui pardonner, monsieur... Voulez-
"im LE MÉNAGE DU PASTEUR NAUDIÉ
VOUS le lui dire? Voulez-vous essayer de la ramener? Qu'elle rentre demain chez moi... chez elle... et jamais il ne sera question du passé !
Cette solution chrétienne, que M. Naudié trouvait dans son cœur et dans sa foi, c'était aussi celle que M. Defos eût souhaitée, par goût de Tordre. Mais Jane la repoussait avec une invincible obstination, soutenue par sa tante, dont les griffes, depuis l'éclat, élargissaient la déchirure et qui, pas plus que la jeune femme, n'entendait céder.
— Sans doute, monsieur, dit-il, ce serait la solution la meilleure, la plus raisonnable, celle que conseilleraient les gens de sens rassis. Ce serait la plus conforme à votre état, à votre caractère. Le pardon réciproque, cela est si simple et si beau! Par malheur, ma nièce n'en veut pas entendre parler. Elle dit qu'elle a beaucoup souffert...
— Elle ! interrompit M. Naudié. De quoi ? grand Dieu!
— Je ne suis pas juge entre vous, monsieur le pasteur! Dans ces affaires, il y a toujours des torts (les deux côtés. Permettez-moi donc de ne pas entrer dans l'examen de vos griefs respectifs. Ma lâche, je vous le répète, est de chercher une solution, en tenant compte des circonstances, mais aussi — il le faut bien — de la volonté de ma nièce. Or cette volonté est très ferme. Ma nièce est tout à fait résolue à demander son divorce. J'ai résisté, aussi longtemps que j'ai conservé l'espoir d'une réconciliation.