‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 14 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE 2ïj · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE 2ïj

— Que devient... monsieur... mon filleul ?

— Ah ! ton filleul, mon cher père, répondit Siméon — qui n'aurait eu garde, en un tel jour, de raconter l'humiliante mésaventure de l'enfant, — ton filleul me donne bien du souci ! Je ne sais s'il est simplement étourdi, ou si sa nature est vraiment mauvaise. En tout cas, il est bien difficile!

— Tu es sans doute trop faible avec lui, insinua Paul, toujours prêt à blâmer.

Plus bienveillant, Marcel corrigea :

— Ou peut-être que ses sœurs le gâtent.

— Je fais ce que je peux, dit Siméon, ses sœurs aussi. Oh! elles ne lui ressemblent guère ! Ce sont de bonnes petites filles, Esther surtout, qui a déjà beaucoup d'expérience. Berthe seule est parfois pénible...

Avec la compatissante bonté de son cœur, Angélique devina des pensées que son frère n'exprimait pas, et leur répondit en s'écriant :

— Mon pauvre frère, tu as vraiment de la peine !

— Sans doute, dit Siméon, la situation d'un veuf avec quatre enfants a ses difficultés; mais je t'assure, ma sœur, que Dieu m'aide beaucoup.

A ce moment, Abraham Naudié demanda, dans son demi-sommeil :

— Tu n'as jamais songé... à te remarier? • Siméon sourit.

— Me remarier, moi, dit-il; à mon âge?.,, avec mes quatre enfants ?

Le vieillard secoua par terre les cendres de sa pipe et continua :

— Pourquoi non? C'est justement quand on a des charges comme les tiennes qu'on ne doit pas rester seul. A l'aube de la vie, il est permis d'hésiter avant d'entrer dans l'état de mariage. Mais, une fois le foyer institue, il faut une femme pour en être la gardienne. Plus tes filles grandiront, plus elles auront besoin d'une mère.

— J'ai toujours pensé que pour un homme qui se voue au service de Dieu, dit Paul, la famille est ou devient un embarras. On ne peut pas se partager. Des enfants, une femme, cela prend trop de place dans le cœur.

Abraham Naudié n'avait jamais pu soutenir ses opinions avec calme; même discrète, la contradiction le mettait en fureur. Ses joues s'empourprèrent, il foudroya Paul d'un regard irrité, et il tonna, de la voix formidable qu'il prenait en chaire pour réfuter les paradoxes de Strauss ou de Renan :

— Il n'y a rien de meilleur que la famille, rien de plus sain, rien de plus sacré! Dieu n'en veut priver personne. Tout homme a droit à l'amour de sa femme, à l'affection de ses enfants, comme à l'air, comme à la lumière ! Le foyer est béni : il apaise les orages de l'esprit comme ceux du cœur, il est la condition nécessaire des pures pensées. Tu ne connais donc pas le bel apologue de Schleiermacher? Tant que l'homme fut seul avec la nature, l'Étemel

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