‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 20 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Aussi les fidèles, en sortant du temple, se congratulèrent de « l'excellent sermon ». M. Lanthelme, dont les compliments mêmes étaient toujours à double entente, dit à M. Dehodecq, qui se trouvait à côté de lui devant le portail :

— On voit que notre pasteur revient de Montauban. Son père lui a prêté quelques étincelles.

Quant à M. Defos, il ne se fût jamais douté que ces choses le concernaient : sa famille le précédait, et, l'air impassible, il écouta un instant M' Merlin, qui l'entretint en baissant la voix d'un roman épouvantable, qu'on venait de lui envoyer de Bruxelles. Comme il ne s'intéressait point ^à ces sornettes, il quitta assez brusquement l'avoué au moment où M. Naudié sortit à son tour, et, le rejoignant, il le félicita.

— Vous nous avez fait un beau sermon, monsieur le pasteur, tristement vrai pour beaucoup de gens. J'ai constaté avec plaisir que votre voyage ne vous a pas fatigué. Le Sigfwai a parlé des fêtes : vous avez passé par de belles émotions. Vous nous les raconterez après-demain, car nous comptons sur vous, n'est-ce pas ? A six heures et demie.

« Il est bien inutile de dire la vérité, songeait M. Naudié en regagnant sa demeure : aujourd'hui comme au temps du Maître, ils ont des oreilles qui ne l'entendent pas ! »

Mais à peine eut-il ouvert sa porte qu'il se ti'ouva lui-même repris par les soucis du siècle, comme

ceux dont il venait de tancer la tiédeur, et sans s'en apercevoir davantage : Abraham rentrait en lambeaux, ayant fait le coup de poing sur le port, avec des gamins et des mousses. Esther, consternée, le retournait devant elle, en tâchant de rapprocher les lèvres des déchirures ou les pièces qui pendillaient. Elle jeta sur son père un regard désespéré de médecin qui vient d'ausculter un cadavre :

— Il n'y aura pas moyen de le raccommoder, papa. Il faudra d'autres vêtements ; et c'étaient ses habits du dimanche !

Elle mit, dans le tremblement de sa voix, toute son angoisse de ménagère à bout d'ingéniosité. D'habitude, M. Naudié la consolait, en lui rs^ppelant que les choses s'arrangent toujours, avec l'aide . de Dieu. Mais, cette fois, le voyage de Montauban ayant bousculé son budget, il eut un mouvement d'humeur.

— Ah ! tant pis pour lui ! il attendra.

Et, haussant la voix, il se mit à gronder Abraham.

Comme les sermons sur les fidèles, les reproches tombaient inefficaces sur le terrible garçon, qui subit l'algarade avec sérénité, en tortillant entre ses doigts les pièces effilochées de son veston. Puis, comme le déjeuner attendait, on se mita table; d'un ton encore irrité, M. Naudié dit, en croisant les mains devant son assiette :

— La bénédiction, Zélie !

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