PREMIÈRE PARTIE
La voix frêle et zézayante de l'enfant murmura :
« Nous te bénissons, Seigneur, pour les biens que lu nous accordes. Amen ! »
Et le repas fut maussade.
M. Naudié, en acceptant l'invitation de M. Defos, ne se doutait pas que depuis quelque temps il était un sujet de constantes préoccupations et de discussions continuelles dans la famille du conseiller général. Ce fut donc avec son habituelle sérénité qu'il s'y rendit. Esther lui choisit une chemise dont les poignets ne fussent pas trop endommagés, fit une reprise nécessaire à sa redingote, noua de ses doigts habiles sa mince cravate blanche. Après quoi, s'éloignant d'un pas pour juger de l'effet, elle dit, avec un de ses rares sourires :
— Voilà ! Je t'assure que tu es très beau !
De fait, M. Naudié semblait presque un jeune homme : son front magnifique, ses beaux yeux noirs, sa barbe soyeuse justifiaient la naïve admiration de sa fille .
— Enfant ! dit-il avec un petit mouvement d'épaules. ^