‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 25 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il alluma, montra un fauteuil à- son hôte, sMnslalla lui-même dans un autre, et continua :

— Les journaux qui racontent la biographie de monsieur votre père disent qu'il est un fumeur passionné !

— En effet, mon père tient beaucoup à sa pipe. Il prétend qu'elle l'aide à penser. Moi, qui n'aurais pas la même excuse, j'ai renoncé à cette habitude.

Il y eut un silence. M. Naudié attendait. M. Defos, jugeant inutile de prolonger les préambules, toussa et commença :

— C'est la première fois que nous avons le plaisir de vous recevoir dans notre intimité, monsieur le pasteur, bien que nous vous connaissions depuis... une dizaine d'années, je crois?

• — Il y a douze ans, monsieur, que je suis à La Rochelle.

. — Ainsi va le monde : on vit porte à porte, on se connaît, on se rencontre, on est de même i^ace, de même foi, et cependant on ne se voit guère.

Il eut une légère hésitation, comme s'il cherchait ses mots :

— Pour vous avoir ici, il a fallu les circonstances. . . vraiment singulières... que je vais vous faire connaître... Mais quelques explications sont d'abord nécessaires... Connaissez-vous l'histoire de ma nièce, monsieur le pasteur?

• — Très vaguement, monsieur. J'ai entendu raconter que...

M. Defos l'interrompit avec autorité :

— J'imagine qu'on a beaucoup comméré sur elle, car les gens se mêlent toujours de ce qui ne les regarde pas. Voici l'exacte' vérité, monsieur le pasteur. Mon frère aîné, David — dans notre famille l'aîné porte toujours le prénom de notre grand ancêtre — avait l'esprit aventureux, le caractère indiscipliné; mon second fils, hélas! lui ressemble un peu. Ne pouvant s'accorder avec mon père, qui n'admettait aucune résistance à ses volontés, il quitta de bonne heure la maison paternelle et partit pour les Indes. Il donna rarement de ses nouvelles et ne revint pas au pays. Pourtant, il nous annonça son mariage, avec une Anglo-Indienne, et, à des intervalles assez longs, la naissance de plusieurs enfants. Nous sûmes aussi que ses affaires prospéraient : à l'heure qu'il est, monsieur le pasteur, la fortune qu'il a laissée dépasse le chiffre de deux millions...

M. Defos s'arrêta un instant, pour observer l'effet que ce chiffre imposant produisait sur M. Naudié. Mais, contre son attente, il n'en produisit aucun : pour le pauvre pasteur, dont l'âme très pure ne connaissait pas l'intérêt, l'argent était comme un soleil trop éloigné pour éblouir. Ce fut donc par simple politesse qu'il répéta, d'un ton qu'il s'efforça de rendre admiratif :

— Vraiment, deux millions!

— Oui, deux millions, et même un peu au delà. Puis, M. Defos reprit son récit :

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