‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 28 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et féliciter Jane d'en avoir été l'objet. Sans répondre à son compliment, M. Defos reprit :

— Maintenant, monsieur le pasteur, permettezmoi de vous adresser une question qui, après ce que je viens de vous dire, ne vous paraîtra peut-être pas trop indiscrète : avez-vous jamais songé à vous remarier ?

Cette fois M. Naudié comprit, mais avec une telle soudaineté, qu'il ne put d'abord qu'exprimer sa profonde surprise en répétant :

— Moi?... Moi?...

— Il n'est pas possible que cette idée ne vous ait jamais effleuré, dit M. Defos avec bonhomie, ou même qu'aucun de vos proches ou de vos intimes ne vous Tait jamais donnée?

D'un effort, M. Naudié repoussa le flot tempétueux des tentations ignorées que ces paroles déchaînaient en lui. Il resta calme, sourit comme nn homme qui vient d'entendre un conte de fée, et répondit simplement :

— En effet, monsieur, c'est une idée que j'ai eue quelquefois. Mon père et ma sœur l'ont eue également. Mais je ne suis plus jeune, j'ai quatre epfants : ce sont là des conditions qui rendent un second mariage bien difficile. Je crois que seule une femme sérieuse, connaissant assez la vie pour savoir le prix du dévouement, pourrait les accepter.

M. Defos parut peser le sens de ces paroles.

— Je vois, dit-il, que vous n'êtes pas, en principe,

opposé à ridée d'un second mariage... Et voiis avez deviné, n'est-ce pas, le but de ma question? C'est que ma nièce, Jr^' Jane Defos, s'est rais en tête de vous épouser... Le fait que je vous en pïarle doit suffire à vous montrer que j'ai cessé de regarder cette idée comme un caprice déraisonnable... et que je suis même disposé plutôt à l'approuver. Maintenant, monsieur le pasteur, je ne pense pas vous offenser en ajoutant que, si je fais auprès de vous cette étrange démarche, c'est après- beaucoup d'hésitations... et non sans avoir eu à surmonter une opposition très vive. M™' Defos, je ne puis vous le cacher, a eu beaucoup de peine à se rallier : c'est la première fois, en trente ans de mariage, que nous nous trouvons en désaccord. Moi-même, d'ailleurs, il m'a fallu du temps pour comprendre les avantages... moraux que pouvait présenter un tel projet. Je m'empresse d'ajouter que la certitude a fini par s'en imposer à mon esprit.

M. Defos parlait comme si les seules objections possibles dussent venir de sa famille, dans l'évidente conviction que son interlocuteur ne pouvait qu'approuver. Froissé, M. Naudié répondit :

— Ces avantages dont vous parlez, monsieur, je vous avoue que je ne les vois pas encore. M"" Defos est très jeune et très riche. La jeunesse et la fortune sont des choses excellentes : ce ne sont peutêtre pas celles qui conviendraient le mieux dans le cas présent.

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