‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 30 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sieur, mais c'est un vrai péril pour elle ! Le mariage seul pourra la sauver. Elle vous a choisi : je l'approuve. Et il faut bien que je vous demande en son nom votre main, car vous n'auriez certainement jamais songé à me demander la sienne !

A ces mots, M. Defos se mil à rire familièrement. M. Naudié ne répondit pas : une sourde angoisse montait en lui, l'angoisse du pauvre voyageur devant qui se dressent des mirages, et qui se prépare a les poursuivre en doutant encore de leur réalité.

— Tout cela est bien inattendu, bien sérieux^ murmura-t-il.

— Sans doute, dit M. Defos avec condescendance. Aussi, je n'attends pas de vous une réponse immédiate. Réfléchissez. Venez nous voir : il faut que vous ayez quelque notion du caractère de ma nièce. Pourtant, tâchez de vous décider vite, avant les commérages que vos visites ne manqueront pas de provoquer : rien n'est plus désagréable que de fournir au qu'en-dira-t-on une matière incertaine, tandis qu'une fois la décision prise, cela n'a plus la moindre importance. Du reste, je suis sûr que vous aurez bientôt raison des objections que vous vous faites.

Là-dessus, il jeta son cigare, qu'il avait eu soin de ne pas laisser éteindre.

— Et maintenant, monsieur le pasteur, retournons au salon , si vous le voulez bien; notre conversation a été un peu longue.

Cette rentrée fut pour M. Naudie un moment fort pénible. Les quatre personnes réunies au salon Tattendaient sans échanger une parole : il eut le sentiment que leurs regards, qui le guettaient, allaient violer le secret de son âme, obscure, incertaine et confuse pour lui-même. Instinctivement, il chercha M"' Defos. Elle s'était arrangée pour rester dans la pénombre : bien qu'il distinguât à peine ses traits, elle lui parut tout autre qu'une heure auparavant, lorsqu'elle ne comptait encore pour rien dans sa vie. Puis il regarda M"' Defos, qui se dressa sur son fauteuil avec un air irrité, presque menaçant, David dont la malveillance se dissimulait mieux, Henri plus indulgent, mais qu'il jugea narquois. Cette idée insupportable traversa l'esprit de M. Naudié : « Ils vont me juger : ils me condamnent. » En même temps* il se demandait : « Que faire? > Et, pour la première fois peut-être de* sa vie, il agit sans réfléchir, obéissant presque malgré lui à une inspiration spontanée. D'un pas résolu, il s'avança vers Jane, et lui dit assez haut pour que tous l'entendissent :

— Monsieur votre oncle, mademoiselle, vient de me dire des choses qui m'ont beaucoup ému. Je ne saurais vous exprimer combien je suis touché de votre bonne volonté à mon égard. Mais je suis sûr que vous trouverez, comme moi, qu'une question aussi sérieuse ne peut se trancher aussi vite. Vous réfléchirez encore, mademoiselle. Il y a des points sur lesquels il importe que vous soyez exactement

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