PREMIÈRE PARTIE
renseignée. Moi-même, j'ai trop de devoirs et trop de charges pour pouvoir prendre une décision avant de l'avoir mûrie — avant d'avoir demandé à Dieu de nous éclairer.
Cela fut dit avec une telle dignité, que les visages méfiants se détendirent. — sauf celui de M""' Defos, qui se renfrogna davantage encore. Puis M. Naudié prit congé, et partit en laissant une impression toute favorable au seul membre de la famille — Henri — dont le siège ne fût pas encore établi.
Peu de jours après, M. Naudié promenait ses enfants sur le mail, pour l'hygiène. Abraham, qui détestait ces promenades familiales, s'échappait en courant dans tous les sens comme un jeune chien, poussait des cris de charretier, ou, si l'une de ses sœurs s'éloignait un instant du groupe, en profitait aussitôt pour la pincer, la pousser ou la bousculer. M. Naudié se retournait alors en prononçant une certaine phrase qu'il n'entendait plus lui-même à force de l'avoir répétée :
— Voyons, Abraham, tu es insupportable aujourd'hui !
Il tenait la main de Zélie, dont les petites jambes se pressaient pour le suivre. Elle gazouillait de gentilles choses sans suite. Lui, préoccupé, distrait, silencieux, roulait dans son esprit l'insoluble problème que posait son entretien avec M. Defos, et qu'il ne parvenait point à résoudre; car, tandis