DEUXIÈME PARTIE
Elle rejeta le portrait dans le tiroir, qu'elle ferma d'un geste brusque, en concluant :
— On n'aime jamais les personnes qui vous aiment trop !
En quittant le boudoir de Jane, où celte scène venait de le troubler, M. Naudié croisa M""' Defos, dans le vestibule.
Chaque jour depuis quelques mois, tantôt avant, tantôt après le déjeuner, M™' Defos faisait chez sa nièce une apparition, en tendre mère indiscrète à force de sollicitude. iM. Naudié, toujours confiant, crut d'emblée à son amitié et la jugea, non sur sa figure dont l'aigreur majestueuse lui déplaisait, mais sur sa réputation : celle d'une « bonne personne », charitable malgré sa sévérité, sûre et d'intelligence supérieure, mais très modeste, un peu timide, volontiers silencieuse, eflacée dans le rayonnement de son mari dont elle subissait l'ascendant. Peut-être méritait-elle cette réputation; peut-être aussi n'en jouissait-elle que pour n'avoir jamais eu nulle passion à satisfaire, nulle occasion d'exercer, elle aussi, sa propre volonté. Pour que sa véritable