‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 48 sur 126 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

nature se révélât, il fallait les circonstances nouvelles que préparait, dans son petit cercle, la logique des choses, et qu'elle fut la première à pressentir, avec la clairvoyance de la rancune. Depuis le départ de son mari pour les Indes, avant même que sa nièce apparût à La Rochelle, M°* Defos avait décidé que la dot de la jeune fille ne sortirait pas de la famille et ne pouvait échoir qu'à son fils préféré, Henri. Cette idée simple, dont la réalisation semblait si facile, germa sous son front bas, aplati vers les tempes comme pour bien serrer ce qu'il contenait, et devint une idée fixe. Les propos de M. Defos, lorsqu'elle aborda ce sujet, l'étonnèrent : jamais elle ne comprit les scrupules qu'eut dès l'abord cet homme honnête autant qu'intéressé, capable de renoncer à tous les bénéfices plutôt que d'agir contre la loi, contre l'usage, ou même contre ses notions de la délicatesse. Elle les combattit de toutes ses forces, sans que personne pût soupçonner la passion qu'elle y mettait. Si elle céda, ce fut seulement à'ia crainte de voir Jane porter sa fortune plus loin d'elle encore, la jeter aux pieds de quelque Beltrame. Mais elle ne céda qu'humiliée, avec des arrière-pensées, dévorée de regrets, pleine de haine contre l'homme qui lui arrachait ce bien convoité. Pendant les premiers temps, croyant avec désespoir au bonheur du jeune ménage, elle ne put surmonter ses ressentiments, et bouda. Elle revint, dès qu'elle soupçonna, dans ce ciel, un point noir.

M. Naudié, que sa froideur inquiétait, se réjouit de ce retour, comme on se réjouit au paradis de la conversion d'un pécheur, sans en suspecter une seconde la sincérité : ses yeux candides ne savaient pas lire dans les âmes tortueuses; or, dans celle de M"°Defos, la haine gravait des caractères indéchiffrables à sa loyauté.

En le voyant sortir agité du boudoir de Jane, M'"** Defos s'empressa de l'arrêter, avec un sourire maternel, pour l'inciter aux confidences :

— ... Vous êtes tout pâle ! seriez-vous souffrant?

— Oh ! non, non, merci ; je vais bien, tout à fait bien.

Insinuante, doucereuse, elle dit :

— ... Une petite discussion avec votre femme, peut-être ?

M. Naudié voulut nier; elle ne le crut pas :

— Oh ! je connais cela ! Même entre les êtres qui s'entendent le mieux, des malentendus surgissent, de légers malentendus . . . Surtout aux premiers temps du mariage... Gela n^cst rien : seulement, il faut les faire cesser, quand on peut; et l'on peut toujours. Voyons, dites-moi ce qu'il y a : je tâcherai d'arranger les choses.

M. Naudié ne vit ni la joie mauvaise qui pétillait au fond de ses yeux, ni la menace de ses lèvres minces. Confiant, il répondit tristement :

— C'est bien peu de chose, et c'est moi qui dois avoir tort. Nous avons causé, Jane et moi. Elle m'a

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