‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 51 sur 126 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La silhouette de M. Naudié reparut sur le seuil : tourmenté par les paroles de M""* Defos, agité de soupçons qu'il repoussait en vain, mais incapable de supporter la petite brouille provoquée par les fâcheux souvenirs, il venait chercher des paroles qui le rassurassent, ou demander pardon du mal qu'il avait souffert. Il s'approcha, avec ses allures trop soumises, avec cette tendresse trop dévouée dont l'expression timide indignait Jane au lieu de la loucher. L'ayant entendu rentrer, elle dédaigna de l'apercevoir et continua de regarder le jardin. Arrêté à trois pas d'elle, il l'appela :

— Jane !

Elle se tourna brusquement vers lui, et, le tenant sous son regard de colère :

— Pourquoi vous êtes-vous plaint à ma tante?

— Moi ! fit M. Naudié stupéfait.

Elle ne lui permit pas de s'expliquer :

— Oh ! laissez ! Ne niez pas ! Vous vous êtes plaint, je le sais. Vous avez interrogé ma tante sur mon passé — sans souci de m'ofïenser ni de me déplaire.

Il voulut encore parler :

— Mais...

Elle l'interrompit de nouveau :

— Non, non, vous ne pourriez rien dire à votre décharge...

Et elle sortit, sans qu'il osât la suivre.

Comme Jane tout à l'heure, M. Naudié s'appro-

cha de la porte-fenêlre. Les enfants étaient encore au jardin, élégants et mélancoliques, si différents d'autrefois ! Leur affection, jadis, le consolait de ses pires tristesses; maintenant, entre eux et lui, régnait une sourde méfiance, pleine de reproches muets.

Comme il descendait les quatre marches du perron, Abraham s'enfuit; Berthe s'éloigna, boudeuse. 11 s'approcha du banc où Zélie lisait avec Esther.

— Eh bien, demanda-t-il, qu'est-ce que vous faites?

Esther répondit : ,

— J'explique un problème.

M. Naudié passa la main dans les beaux cheveux de Zélie, qui leva sur lui des yeux étonnés : car elle avait dû perdre l'habitude des caresses de son père toujours absorbé loin d'elle. Il comprit le sens de cet étonnement : enclin à s'attendrir comme on Test aux heures de souffrance, rempli soudain de compassion pour les peines qui, par sa faute, gonflaient ce petit cœur, il prit l'enfant sous les bras, la souleva, l'embrassa en bégayant des paroles confuses. Après un rien de résistance, elle s'épanouit, elle s'abandonna, et voici que, sa petite tête tendrement pressée contre lui, elle demanda :

— Papa, est-ce que tu vas me mimer?

Ce mot douloureux fit courir un frisson dans le cœur de xM. Kaudié.

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