TROISIÈME PARTIE
d'être aux portes delà mort!... Après, la vie ordinaire reprend ses droits. Les querelles, les soucis, interrompus un moment, recommencent. Il faut de nouveau agir, souffrir, lutter...
Il s'assombrit, troublé déjà par ses anciennes pensées dans sa joie de retrouver du soleil au ciel, des roses ouvertes au jardin, et, près de lui, la réconfortante tendresse de cœurs aimants. Jane lui dit :
— Soyez tranquille, mon cousin, votre père ne vous tourmentera plus. Il me l'a promis pendant que vous étiez malade. J'avais deviné la vraie cause de votre maladie, j'ai profité d'un mauvais jour pour obtenir de mon oncle, pour vous, la liberté que vous souhaitiez. Il ne se dédira pas.
Le visage du convalescent s'épanouit de nouveau.
— Vrai? demanda- 1- il.
— Ton père t'aime mieux que tu ne le penses, Henri, dit M™" Dçfos. Si tu es toujours dans les mêmes • idées, il ne te contrariera plus.
Dans leur joie commune, M"' Defos regrettait un " peu d'avoir laissé à sa nièce l'initiative de cet arrangement; mais jamais elle n'aurait osé demandera son mari de revenir sur une décision prise, ni cru qu'on pourrait l'obtenir. Pour réussir, il avait fallu la naïve hardiesse de Jane, son instinctive habileté dans le choix du moment, sa confiance en elle-même, cette volonté ignorante des obstacles qui lui assurait le succès de toutes ses entreprises.
En ce moment, M. Naudié apparut.
iC6 LE MÉNAGE DU PASTEUR NAUDIÉ
Il venait souvent ainsi, pour prendre des nouvelles, surtout pour voir sa femme, pour avoir quelque chose d'elle, si peu que ce fût, pour obtenir une parole ou un regard. Mais elle l'ignorait : pendant quelque temps, elle avait pris ses repas et couché chez les Defos; depuis peu de jours, elle rentrait le soir chez elle, s'enfermait dans sa chambre, disparaissait dès le malin. Elle était une étrangère, logeant dans un hôtel. Son mari n'avail pas encore osé se plaindre : il tâchait d'espérer un changement et sentait bien qu'elle ne changerait pas.
La sombre figure de M. Naudié, descendant les marches du perrou, dérangea le petit tableau tranquille. Dans sa longue redingote noire, avec son étroite cravate blanche au nœud mal fait, son air inquiet, son regard douloureux, il arrivait comme un cousin éloigné et importun, qu'on n'a pas invité, tombeau milieu d'une fête de famille. 11 prit la main que Henri lui tendait, et dit, sans élan :
— Quel bonheur de vous voir au jardin, mon cher Henri ! Vous voilà maintenant rétabli ; dans peu de jours vous aurez retrouvé vos forces.
— Vous savez à qui je le dois, répondit le convalescent, en regardant alternativement ses deux compai^ncs.
Le premier regard fut pour Jane. M. Naudié le vit bieu.
— ... Va je vous dois aussi beaucoup de reconnaissance..., oui, à vous, car vous avez été bien