‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 79 sur 126 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— : Gomment ! s'écria-t-il, qu'est-ce que vous voulez dire?

Elle s'était assise devant la cheminée où mourait un feu d'automne. Elle tendit à la flamme son petit pied, chaussé malgré, le froid de fins souliers qui découvraient la cheville; et elle expliqua, sans regarder son mari debout devant elle :

— Sans doute. Vous parlez toujours du devoir, mon cher ami. Mais le devoir n'est pas le mêmepour tout le monde. Ce qui est un devoir pour ceux qui croient, n'en est point un pour ceux qui n'ont plus la foi.

Le petit pied frétillait devant les braises. Gomme son mari ne répondait pas tout de suite, Jane leva les yeux sur lui.

— Geux qui n'ont plus la foi! répéta-t-il, comme s'il pesait les lourdes paroles tombées de la jolie bouche. G'est bien de vous que vous parlez, Jane? C'est vous qui ne croyez plus, c'est vous qui me le dites ?

Le petit pied se balança, capricieux, volontaire, tandis que la tête, Un peu ébouriffée par la mantille, s'inchnail en signe d'affirmation.

— Jane,, dit M. Naudié, vous parlez avec une incroyable légèreté des choses les plus graves. Vous êtes là, tranquille dans un fauteuil, et les paroles que vous prononcez me touchent jusqu'au fond de l'âme. Hé quoi! les conversations d'un athée et la lecture de quelques mauvais livres, il n'en a pas fallu davan-

tage pour saper les assises de vos croyances, peutêtre même celles de votre vie morale!...

Sa voix trembla sur ces derniers mots, qu'elle ne releva pas. 11 poursuivit :

— Les raisonnements des hommes, que peuventils contre Taffirmation de notre conscience? contre les certitudes de notre cœur? Depuis que les sages ergotent autour de ces problèmes, Jane, ils n'ontrien prouvé, et les millions de pages qu'ils ont écrites là-dessus ne renferment pas autant de vérité que les plus humbles prières. Qu'ils discutent, qu'ils parlent, qu'ils écrivent! Une chose est certaine : nous sentons Dieu auprès de nous. Les mains que nous tendons vers l'Infini ne sont jamais repoussées. Voilà ce que j'ai éprouvé à travers les malheurs.

11 grandissait, comme tout homme qui parle selon la force de sa conviction. Mais sa voix fléchit quand, du grand problème soulevé, il redescendit à son cuisant souci, pour ajouter :

— Et c'est dans des crises... comme celle que vous traversez, Jane..., qu'il faut invoquer cetappui d'En-IIaut... Rappelez-vous les mots du psalmiste : c( L'Elernel est mon rocher... y*

Elle s'était enfoncée dans son fauteuil, la tête basse, le regard concentré. Son pied cessa son manège et se retira sous sa jupe. Elle dit :

— Sans doute, mon ami, ces choses-là sont vraies pour vous. Pour moi, elles ont cessé de l'être. Qu'y puis-je? J'ai cru avoir la foi, comme

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