TROISIÈME PARTIE
VOUS : peul-être l'ai-je eue, vraiment. Maintenant, c'est fini!...
— Il n'y a pas de caprices dans cet ordre-là, Jane..., comme il y en a parfois dans les sentiments humains. Dieu ne nous trompe jamais. Dieu est sûr : ce n'est point Lui qui reprend ce qu'il nous adonné. Il nous demande seulement d'aider son action selon nos faibles forces. Quand II se retire de nous, c'est parce que nous nous sommes éloignés de Lui... Mais je le sais bien, Jane, ce n'est pas vous qui parlez en ce moment...
Sa voix trembla de nouveau, s'étouffa, puis repartit, dans un crescendo de violence :
— ...C'est un autre, un étranger..., celui dont vous subissez l'influence..., celui qui vous a changée..., celui qui s'est emparé de votre esprit, qui vous arrache à vos vrais devoirs, à vos vraies affections..., celui dont je ne veux plus supporter la présence continuelle auprès devons, — la tyrannie sur votre âme !
Enfin, la question se posait dans sa vérité, dégagée de la théologie qui l'obscurcissait, tirée de rinfini, ramenée au niveau des passions qui se ressemblent dans tous les cœurs, quand leurs éclats défont les plis des habitudes, des positions, des professions. Jane se redressa dans sa vaillance d'amoureuse, dans sa franchise hardie d'être de volonté, qui marche au but en dédaignant les petites ruses, les vains mensonges.
— Eh bien, oui, dit-elle, c'est vrai. C'est Henri qui m'a ouvert les yeux. J'étais un livre fermé pour moi-même : il m'a donné la clef qui me permet de comprendre. Je ne le cache pas : c'est sa haute pensée qui me guide, c'est la lumière de son âme qui m'éclaire. Pourquoi lenierais-je? C'est la vérité, vous le savez bien.
En parlant ainsi, elle Se leva, comme pour mieux lui tenir tête; il s'était retourné d'un geste de menace, il la dominait de sa haute taille, de son large front rempli d'orages.
— Allez jusqu'au bout, cria-t-il avec un grand geste do la main, dites-moi tout! dites-moi tout!
— Je vous ai tout dit.
— Non .
— Que voulez-vous encore?
— L'essentiel..., que vous gardez pour vous, au • fond de votre petit cœur fragile... Ohl je commence à vous connaître, Jane!... 11 y a l'essentiel que vous ne dites pas...
Jane s'obstina dans son orgueilleux silence.
— Ce n'est pas votre raison dont il s'est emparé, poursuivit M. Naudié. Allez ! je sais bien pourquoi je le retrouve derrière tous vos actes, au fond de toutes vos pensées !... Vous n'avez pas besoin de me réj)ondre : je lis en vous, en ce moment...
Un instant, il attendit une réponse qui ne vint pas, et continua :
— De tels mystères me sont bien étrangers,