‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 84 sur 126 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— ... J'ai dit tout ce que j'ai pu dire, tout ce qui pouvait agir sur elle : je n'ai rien obtenu, madame. Je n'ai plus d'espoir qu'en vous !

Ce cri d'angoisse n'émut aucunement M^^ Defos.

— Mon fils est au-dessus de tout soupçon, dit-elle sèchement, après avoir réfléchi.

— Sans doute, acquiesça M. Naudié. Mais encore une fois, ne voyez-vous aucun danger dans leur intimité ?

M™' Defos savait bien qu'un mot d'elle pouvait réveiller, au moins un moment, le doux optimisme, la robuste confiance du pasteur. Aussi se garda-t-elle de le prononcer.

— Quelque irréprochables que soient un jeune homme et une jeune femme, dit-elle, une intimité trop rapprochée entre eux présente toujours du danger.

Elle distilla ses paroles, pour en activer le venin :

— Ici, ce danger est d'autant plus réel, que leur sympathie réciproque est plus complète, qu'ils semblent mieux faits pour se comprendre en toutes choses... Car, vraiment, on dirait qu'ils pensent ensemble... D'ailleurs, Henri sait ce qu'il doit à votre chère femme : c'est elle qui l'a sauvé, à force de dévouement, à force d'affection... Quel lien de reconnaissance!... Mais ce sont deux cœurs d'élite, cher monsieur : je crois que vous pouvez être tout à fait tranquille.

Cliacime de ces phrases avivait la blessure, tellement que M. Naudié, en écoutant, pâlissait de souffrance. Il dit :

— Pourtant, madame, ne sentez-vous pas que, malgré l'estime où je liens votre fils, malgré la confiance que j'ai en ma femme, je ne puis admettre qu'elle m'échappe ainsi, complètement? Oh! je vous le jure, je ne les soupçonne ni l'un ni Tautre de rien de mal ! Seulement, je vois qu'elle pense comme lui, qu'elle rapporte à lui tout ce qu'elle fait, qu'elle vit plus près de lui que de moi. Nous n'existons plus pour elle, moi qui suis son mari, mes enfants dont elle voulait être la mère, la maison qui est sienne. Elle passe au milieu de nous comme une étrangère. C'est cela que j'ai voulu que vous sachiez, chère madame : car vous seule, à ce qu'il me semble, pouvez intervenir. Elle n'a point de mère. A qui m'adiesscrais-je, sinon à vous, pour demander secours et conseil?

Pareil à ces pauvres honteux qui meurent de faim en demandant de l'ouvrage, M. Naudié s'efforçait de cacher sa détresse. Mais sa voix douloureuse, son attitude humiliée et craintive, les traits tirés de son visage le trahissaient. M'"' Defos ne s'y trompait pas et savourait la joie de tenir à sa merci l'ennemi blessé.

— Un conseil, chermonsieur,dit-elle,hé! comment en donner dans ces délicates affaires ? Chacun agît selon ses sentiments, selon ses idées. Quant à mon

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